Raser gratis ? Cette expression viendrait d'un barbier qui avait placé jadis une pancarte proclamant ladite formule…Mais notre artisan, tout aussi fûté que près de ses sous, l'y laissait tous les jours. Par conséquent, le naïf qui, le lendemain du jour où il avait vu la pancarte pub, venait se faire raser ou couper les cheveux et qui s'étonnait de devoir quand même payer, s'entendait répondre : "Oui, mais il y a écrit que c'est demain que c'est gratuit !". Aujourd’hui encore, notamment en politique, les promesses des personnalités en vue n'engagent que ceux qui les écoutent sans faire appel à leur libre-examen…Ce n’est pas le cas ici. Où on s'efforce plutôt de manier le mot à couper la langue de bois .

lundi 17 octobre 2016

Ce Premier Ministre qui n'assume pas vraiment sa politique et ce gouvernement piégé dans un "entre-deux"... (Etat de l'Union )

Deux éléments d’analyse, livrés à votre libre-examen:
-Le Premier Ministre surjoue la bonne ambiance dans son gouvernement. C’est classique.
Plus spécifique: il n’assume pas toujours la politique hard que sa coalition N-VA-OVLD-CD&V/MR mène. Et qui, les gens en général ne sont guère dupes, impactera la population et le pouvoir d’achat, notamment via les moins 902 mio€ dans les Soins de Santé. (jusqu’ici le fait que les heures supplémentaires ne seront plus guère payées n’est pas assez apparu.)
Bref, Charles Michel oscille sans cesse, en image, entre être Juppé ou Sarkozy, Merkel ou feu (politiquement) Cameron. Ce n’est comme à la N-VA, où l’on ne met pas de gants pour se réjouir qu’on a enfin tapé dans la Sécurité Sociale…(ici, chez Jan Jambon ou Bart De Wever on n’est d'ailleurs plus dans le budgétaire, mais dans le communautaire)
-En fait, la question de fond qu’on peut se poser est de savoir si cette coalition n’est pas en très médiocre unité. Non pas que le gouvernement Michel chuterait (ce n’est pas vraiment dans l’ADN du CD&V). La #Suédoise ira sans doute, sauf surprise ou retirage de prise toujours possible, jusqu’à son terme.
Non, le fait est que le projet de la N-VA accédant au 16 rue rue de la Loi était plus qu’un projet économico-social de droite poussée. C’était aussi un « projet de société « , souvent partagé par l’Open VLD. Or, les demandes répétées du CD&V sont peu compatibles avec ce projet N-VA et souvent avec celui des autres partis de la coalition.
A la limite, même la taxation des plus values ne soulève pas forcément l’enthousiasme au sein même du CD&V. C’est juste un appeau pour faire plaisir à l’aile syndicale de l’ACW (syndicat chrétien). Bien moins important que le lapin Arco., miracle analgésique soudain sorti du chapeau…
Bref, les partis de la coalition sont, quelque part, désormais piégés entre eux. 

Et dans un « entre deux ».

Michel HENRION.

vendredi 23 septembre 2016

Cinq points de réflexion à propos des péripéties N-VA

Cinq points de réflexion à propos des péripéties N-VA:
1 ) Ce cartoon de « Gazet van Antwerpen » est assez représentatif de ce qui se passe réellement à la N-VA: ce n’est pas tout seul que De Wever, après avoir tenté de garder Vuye et Wouters tout de même à bord, a décidé que la discipline s’imposait… Mais Vuye et Wouters , dans le fond, ne voulaient plus d’un quelconque compromis.
2) Les analystes francophones surestiment par trop le poids actuel du Mouvement Flamand. C’est oublier que celui-ci été largement écrémé, voire décapité par De Wever. Lequel a fait de Peter De Roover, c'est à dire la figure la plus connue du Vlaamse Volksbeweging (VVB), d’abord un parlementaire, et ensuite un Chef de Groupe à la Chambre . Et ce en lieu et place d’Hendrik Vuye, envoyé contre son gré sur une voie de garage. (important: à l’origine, le différend n’est pas du tout politique) Les nouveaux dirigeants du Mouvement flamand sont peu connus et on peut donc s’interroger fortement sur le poids d’influence actuel du VVB…
3) Question: parlera-t-on encore autant de Vuye et Wouters dans quelques mois? Fonder un parti paraît en tout cas largement utopique: les deux récalcitrants ne bénéficient pas vraiment, et c’est un euphémisme, d’un soutien populaire. (Hendrik Vuye habite en fait à Beauvechain) Peut-on réussir là où un Jean-Marie Dedecker, qui fut un temps la personnalité politique la plus populaire en Flandre, s’est planté?
4) On le répète: dans le fond ce n’est pas un désastre du tout pour la N-VA d’être perçue moins radicale sur l’institutionnel: ça facilite assez clairement l’évolution voulue par De Wever. Pour ixième rappel: positionner la N-VA davantage au centre et espérer rester le premier parti incontournable de la Communauté flamande. Celui qui s’assurera le pouvoir pour très longtemps.
Et ce en défendant fortement les intérêts de sa région sans pour autant mettre vraiment en cause la Fédération belge, dont la Flandre tirera ouvertement tout profit. C’est tout sauf un hasard si toutes les politiques menées depuis un an, qu’il s’agisse des pensions, de la flexibilité, des cotisations sociales, des intérêts notionnels, etc… sont en fait d’abord menées en faveur des entreprises flamandes et, partant de la Flandre,
5) C’est l’argument que De Wever vend ces heures-ci aux flamands par trop troublés: profiter de la structure de l’Etat belge au profit de la Flandre, c’est bien mieux pour l’électeur flamand que le nationalisme jusqu'au-boutiste de Vuye et Wouters, qui ne s'intéressent à rien d'autre...

vendredi 27 novembre 2015

La Wallonie mise en pénitence: la puissance de la Flandre au fédéral lourde de conséquences (MBelgique Hebdo du 30/10/2015)

En Flandre, les paris sur le futur sont de plus en plus clairs: le patronat flamand, entendez le puissant VOKA (qui représente 17.000 entreprises du Nord) rêve déjà bel et bien de ce qu’il veut après 2019.
A savoir cinq années de plus de centre-droit fédéral. Bref, un « Michel 2 ». Un seul hic: il faudra pour cela que l’aile libérale et la moins confédéraliste de la N-VA (Siegfried Bracke, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt, des parlementaires comme Zuhal Demir…) réussisse à convaincre les nationalistes purs et durs du parti d’encore mettre cinq années de plus leur romantisme indépendantiste au vestiaire.
Ils auront en tout cas pour cela un argument fort: à savoir que la 7ème réforme de l’Etat (l’encre de la 6ème étant à peine sèche) est, mine de rien, bel et bien en train de se réaliser très concrètement par les décisions socio-économiques de la #Suédoise.
C’est le grand paradoxe: les régions, les entités fédérées, n’ont jamais reçu autant de compétences. Mais, bizarrement, pour ce qui est de la Wallonie, c’est comme si elle n’existait pas davantage.
Explication: le fédéral conserve, par ces leviers très forts que sont la fiscalité, la taxation, le pouvoir sur les cotisations sociales, ce pouvoir essentiel d’orienter les choses. Ce qui est bien plus influent que de juste subventionner.
Et, dans cette #Suédoise si particulière, avec le MR comme seul parti francophone, les rapports de force sont sans cesse à rappeler: sur les 87 députés qui soutiennent l’actuel gouvernement, 65 sont des flamands. Et le reste, du côté francophone, représente seulement 31,74% des élus de la Wallonie et de Bruxelles.

Au profit du Nord

« Toutes les politiques menées depuis un an, qu’il s’agisse des pensions, de la flexibilité, des cotisations sociales, des intérêts notionnels, etc… sont en fait d’abord menées en faveur des entreprises flamandes » s’exclamait ainsi l’autre jour un syndicaliste wallon de premier plan.
Pour nombre d’observateurs wallons, la puissance de la N-VA et de la Flandre au niveau fédéral développe en réalité une stratégie lourde de conséquences pour l’avenir de la Wallonie.
Comme si d’aucuns entendaient quasi organiser l’appauvrissement de la Wallonie au profit de la Flandre et un peu plus particulièrement d’Anvers.
Le N-VA Hendrik Vuye a mis les pieds dans le plat il y a peu: «On assiste à une flamandisation du niveau belge. On lui impose la politique N-VA et des autres partis flamands »
Conséquence: le fédéral met la Wallonie en pénitence.
La grande opinion publique francophone et wallonne ne prend généralement conscience de ce « confédéralisme larvé » qu’à l’occasion de dossiers très médiatisés.
Ainsi l’injustifiée  suppression-suspension du Thalys wallon a-t-elle frappé les esprits en Wallonie, tout comme l’achèvement du RER wallon, sans cesse reporté (alors que le projet du RER d’Anvers avance à toute vibrure). 
On méconnaît d’ailleurs trop l’importance des chemins de fer comme enjeu économique essentiel: et on en arrive, avec le poids du Nord à la SNCB, à des situations aberrantes. Comme ces wagons de transport de marchandises qui, pour passer d’Allemagne au Luxembourg, font un détour par …Anvers. Ou leur valeur ajoutée sera donc dûment intégrée dans le Produit Intérieur Brut régional flamand.
Et ce n’est pas un détail pour la Wallonie lorsque la ministre Galant octroie (déjà jusque fin septembre) les droits de trafic que demandait depuis belle lurette le lobby de l’aéroport de Zaventem. Pour qu’Ethiopian Airlines transporte du fret cargo vers Dubaï, Hong Kong et Shanghaï et concurrence ainsi durement l’aéroport  wallon de Liège- Bierset.Trois destinations, comme par hasard, déjà desservies par TNT, avec emplois wallons à la clé.
Rien d’étonnant: la formidable réussite des aéroports wallons ne cesse d’enrager certains milieux économiques flamands. Tout comme celle du parc Pairi Daiza d’Eric Domb: la polémique sur les Pandas, lancée par un Zoo d’Anvers jaloux et subsidié à tout va par la Flandre, l’a spectaculairement montrée.
Ces jours-ci, l’actualité zoologique a d’ailleurs mis en avant un autre phénomène: où sont diable passés les investisseurs privés wallons? Désormais, ce sont des flamands comme le milliardaire Marc Coucke qui placent leurs billes en Wallonie.
En fait, les patrons du Nord, si serrés dans une Flandre saturée et manquant d’espace, virent migrants économiques en Wallonie, notamment dans le secteur de la logistique.
 Le monde francophone de la finance a désinvesti de Wallonie mais  c’est un patronat flamand très concret qui prend sa place.
 Dans la même veine, quel est le poids d’influence du patronat wallon?
Heureusement que la Wallonie peut compter, pour son actuel redressement,  sur toutes les PME qui se développent au Luxembourg, en Hainaut Occidental et en Brabant Wallon et qui combleront le déclin des grands bassins industriels.
Mais que pèse l’Union Wallonne des Entreprises au niveau fédéral? Un exemple: l’actualité sociale agitée de ces derniers mois a remis au premier plan ce haut lieu de la concertation sociale qu’est le « Groupe des Dix » (là ou patronat, classes moyennes et syndicats s’efforcent de se concerter). L’Union wallonne des Entreprises n’y siège pas, tandis que le puissant Voka y pèse indirectement de tout son poids via les structures internes de la FEB…


Aucun parti fédéral n’est au gouvernement wallon

Le fédéral met la Wallonie en pénitence, disions-nous.  En fait, le phénomène politique est que les  décisions de la #Suédoise ont des effets budgétaires lourds pour les Régions, notamment en Wallonie. On l’a vu d’abord avec l’application à rebondissements (les chiffres étaient finalement erronés) de la loi de financement. Pour quelque 30% des ressources, le niveau fédéral disait cavalièrement au gouvernement wallon : “ Voilà, c’est comme ça.  Et ne comptez pas sur moi pour vous expliquer comment j’arrive à ce résultat.”. On le voit à nouveau ces temps-ci avec le taxshift.
D’après les experts du Conseil de la fiscalité et des Finances de Wallonie, le taxshift du Fédéral va coûter un peu plus de 300 millions à la Wallonie..Autant de chausse-trappes -de « coups vaches « disent certains-  largement inspirés par la conjonction de la présence de nationalistes flamands « n’oeuvrant pas pour tout le pays » (dixit Siegfried Bracke) et d’une singularité politique. A savoir qu’aucun parti du gouvernement fédéral  n’est présent à la Région Wallonne où à la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Résultat: le Gouvernement wallon, dès qu’on joue aux montagnes russes avec ses budgets et ses besoins, n’a d’autre choix que de gémir ou hurler.
Deux attitudes généralement peu appréciées des électeurs qui n’aiment ni les déclarations agressives ni les propos plaintifs. C’est tout le danger du Calimeurisme.

Coucou, voici les néo-régionalistes!

Un autre élément du climat est assurément le choix politique de la majorité PS-CDH de se doter à nouveau de deux ministres-présidents: l’un pour la Région Wallonne (Magnette), l’autre pour la Fédération Wallonie-Bruxelles (Demotte) et de moins de ministres à forte « double casquette ».
Si l’avantage pour la Communauté française est de s’être réaffirmée au plan international, pour la Wallonie c’est assurément une perte: moins de surface d’action et de communication.
Par ailleurs, Paul Magnette, le ministre-président wallon, dépense beaucoup de son énergie au redressement de Charleroi, faisant le pari, pas toujours si évident, que la perception du changement sera positive pour toute l’image wallonne . Il en va de même pour le N°2,  le CDH, Maxime Prevot, qui, à son tour, s’occupe énormément de Namur. Des attitudes qui comportent
un risque de sous-localisme, ce mal wallon. C’est un peu chacun dans son coin: dans sa région, dans ses compétences. Ce qui ramène à une interrogation persistante: puisqu’il n’y a aucune élection s’appliquant à tout l’espace wallon, ne faut-il pas relancer la réflexion d’un quota de parlementaires namurois élus par l’ensemble de l’espace wallon?
Autant d’éléments qui expliquent sans doute la résurrection du régionalisme wallon, tant au MR (pourtant plutôt communautariste) qu’au PS (où le combat wallon, pas vraiment la tasse de thé de Di Rupo, demeure très présent dans les esprits). Objectif à tout le moins commun: simplifier les structures de la Wallonie, la rendre plus »lisible » pour l’électeur. Avec cependant une forte différence: la proposition des PS Nicolas Martin, P-Y Dermagne et Christophe Collignon est pragmatique, réalisable par un débat et un accord entre bruxellois et wallons en se passant de tout aval du Nord. Au MR, celle de P-Y Jeholet et J-L Crucke postule une septième réforme de l’Etat, ce qui aguiche fort la N-VA.
Une certitude: les futurs députés wallons (et bruxellois), forts des énormes compétences reçues (bonus-logement, titres-services, allocations familiales…) seront de plus en plus régionalistes. C’est un paradoxe: le progressif transfert de compétences a sans doute fait diminuer le combat wallon mais les régions s’imposent plus que jamais comme la réalité de référence.

Michel HENRION




José FONTAINE: « C’est curieux: le Premier Ministre a fait la rentrée des classes alors
qu'il n’a plus aucune compétence d’enseignement »



Philosophe, républicain, co-fondateur de la revue Toudi*,  José Fontaine est  uniment considéré comme un des meilleurs connaisseurs du Mouvement Wallon. Pour M…Belgique, il analyse quelques contradictions politiques du moment.

-Vous pointez des contradictions de niveaux de pouvoir chez les ministres fédéraux?

-Oui, c’est bizarre. Récemment, ce gouvernement fédéral a fait parader à Libramont un ministre fédéral de l’agriculture -par ailleurs wallon- qui n’a quasiment plus aucune compétence en agriculture mais qui tenait à être là « symboliquement »? Pas vraiment pour faire comprendre comment ce pays fonctionne… 
De même, le Premier ministre -par ailleurs wallon lui aussi- a tenu à être présent dans des écoles lors de la rentrée des classes en Wallonie… alors que son gouvernement n’a aucune compétence en matière d’enseignement! Et pour y déclarer que le fait d’avoir trois langues nationales en Belgique était un atout. C’est sans doute un symbole, pas -du moins automatiquement- un atout. Car un gouvernement fédéral où la Wallonie est mal représentée, où la Flandre est dominante, ce n’est pas que symbolique. Ce n’est pas un atout mais un handicap grave. 

-Vous relevez que la pauvreté en Wallonie émeut moins que les questions linguistiques?


-Pour tout observateur politique lucide, la situation minoritaire de la Wallonie est un handicap évident pour les Wallons, mais peut-être pas pour la paix belge. Le professeur Michel Quévit a pointé  une série d’effets indésirables de ce rapport de force dans la réalité économique (subsides européens pour le développement des régions, aides aux entreprises, restructuration des banques etc.), qui ont gravement déséquilibré pour longtemps la Belgique en défaveur de la Wallonie.
Or, on se rend compte que pas mal de ces déséquilibres n’ont pas toujours troublé profondément les rapports entre Flamands et Wallons, sans doute parce que ces questions-là, moins sensibles, moins lisibles——moins lisibles directement—, sont moins de nature à susciter les querelles. 
On ne sait d’habitude pas qu’il y a deux fois plus de pauvres et de chômeurs en Wallonie qu’en Flandre. Ou, du moins, cela émeut moins facilement, moins directement que les questions purement linguistiques. Si l’on peut rendre l’usage d’une langue obligatoire (les trois langues nationales sont mises à égalité, égalité qui n’est pas que symbolique, et dont toute violation est directement sanctionnée), il est impossible de prescrire une telle égalité en matière de taux de chômage ou de seuil de pauvreté. Mais il est tout aussi évident que c’est bien la minorisation de la Wallonie —comme dans le gouvernement actuel—qui explique ces déséquilibres.
Quant au raisonnement implicite de tous les responsables belges de tendance unitariste se réjouissant du fait « que sous ce gouvernement il n’y ait pas d’affrontements communautaires »  il faut les interroger. Croient-ils réellement que c’est en écartant du pouvoir fédéral la majorité des représentants de la Région du pays (la Wallonie) où il y a le plus de chômage, où la pauvreté est la plus criante (ainsi qu’à Bruxelles), que l’on se donne le plus de chances de surmonter ces disparités ?

-Pour vous, la Flandre ne cesse de peser plus lourd dans l’Etat belge?


-Le gouvernement Michel est plus à droite que le précédent présidé par Elio Di Rupo. Celui-ci avait pourtant mené une politique socialement dure parce que son gouvernement -intégrant trois partis flamands représentant un peu moins de 50 % des voix en Flandre- devait donner des gages à ces trois partis politiques face à la NVA, parti politique déjà le plus important en Flandre.
La Wallonie était très bien représentée, mais cela n’empêchait pas la Flandre d’y peser déjà de tout son poids.Dans le gouvernement actuel, la Flandre est encore plus forte. On peut dire que les partis flamands qui soutiennent la coalition représentent  2/3 des voix flamandes. Au contraire, le MR, le seul parti wallon et francophone de la coalition, ne représente même pas un tiers des voix wallonnes, mais à peine plus d’un quart (27%). Beaucoup se réjouissent de voir le PS écarté du pouvoir fédéral. Comme si sa seule présence pesait plus que tout, ce qui doit être, on l’a vu, fortement relativisé. En outre, ce n’est pas seulement le PS qui est mis à l’écart mais tous les autres partis wallons et francophones.

-Vous épinglez aussi que le Premier Ministre est désormais « sexué linguistiquement …

-Pour pallier la minorisation de la Wallonie, tout gouvernement fédéral doit être paritaire, mais, ajoutent les textes, « le premier ministre éventuellement excepté ».  Il en a toujours été ainsi y compris sous la présidence de Di Rupo, mais c’est la première fois que la possibilité du «  Premier Ministre éventuellement excepté », n’est pas appliquée, que Charles Michel est compté comme francophone,  et cela alors que l’aile wallonne et francophone du gouvernement est déjà pourtant très faible.  Un observateur comme Dave Sinardet, à qui on faisait remarquer que la Wallonie et la Belgique francophone étaient peu représentées dans le gouvernement, ce qui affaiblissait le MR, répondit que « c’était là la règle du jeu démocratique » On le sait très partisan d’une « circonscription nationale » permettant que des électeurs wallons et francophones puissent élire éventuellement des députés fédéraux flamands, la même chose étant possible dans le sens inverse (des Flamands pouvant élire des Wallons). Tout cela dans l’idée que des députés fédéraux élus tant par des voix en Wallonie qu’en Flandre, seraient mieux disposés à soutenir des solutions de compromis.  Or on ne l’entend plus guère aujourd’hui sur ce thème. Est-ce parce que seul le conflit ouvert l’importune et non le déséquilibre « objectif » entre Flandre et Wallonie dans le rapport de force ? Ce rapport de force devenant à ses yeux légitime puisque respectant le jeu démocratique?

    *    Sur le Net:  http://www.larevuetoudi.org/
    *   
(propos recueillis par Michel HENRION)

lundi 21 septembre 2015

Asile: la Belgique des Ponce-Pilate (MBelgique Hebdo du 11/09/15)

Le contraste est saisissant. En Allemagne, Angela Merkel a réussi, non sans courage, ce tour de force de faire du dossier de l’asile une grande cause nationale, à transformer cette crise en opportunité politique. Quasi chaque jour, le populaire quotidien Bild -le plus important d’Europe- se mobilise en faveur des migrants, pour "montrer que les braillards et les xénophobes du mouvement Pegida ne gueulent pas au nom de l’Allemagne ».
Scène quasi impensable chez nous: dans les stades de foot, des « tifo » continuent à décorer les tribunes du slogan «  Refugees Welcome ». Et le président de la Fédération de l’Industrie martèle sans répit que l’Allemagne -qui, il est vrai, se porte plutôt bien, avec du boulot et des logements- a besoin de main-d'œuvre qualifiée étrangère pour sa croissance. (et, ne soyons pas naïfs, pour faire pression sur les salaires)
Le contraste est saisissant. En Belgique, on continue à balayer sous le tapis. A se calfeutrer. Et nos politiques, si peu pédagogues, parfois si tant démagogues, ne sont pas exonérés d’une bonne part de responsabilités. Alors que ce pays est une terre de migrations depuis 1945, chaque sondage d’opinion vient inexorablement confirmer le précédent. A l’Eurovision de l’allergie à celui venu d’ailleurs, la Belgique est toujours imperturbablement dans le « top 5 ».
Mal informés, imbibés de bien des bobards, nombre de belges, lorsqu’on leur parle de « migrants », mot fourre-tout s’il en est, confondent tout: demandeurs d’asile fuyant la mort, réfugiés économiques, immigration ordinaire (regroupement familial) et même jusqu'aux belges de 3ème génération.
La Belgique est comme tétanisée, en désarroi étatique, basculant entre l’hystérie collective (les nauséeux forums Facebook) et le syndrome Ponce Pilate. Comme si l’orage allait passer. (alors que les analystes prévoient une crise de plusieurs années, sinon bien davantage).
Pourtant, les textes fondateurs du droit d’asile sont clairs. L’asile est un droit. On est demandeur d’asile où on ne l’est pas. Point à la ligne.
Les yazidis, les baha’is , les assyriens, les juifs, les arméniens, les turcomans qui fuient le Daesh n’ont évidemment pas à être jaugés à l’aune de quotas, comme de quelconques marchandises. Car ils étaient en danger de mort.

La légende urbaine du conducteur de bus


Or, le discours public de nombre de nos politiques fait prévaloir le doute sur le bien fondé des demandes d’asile des syriens, des irakiens, des afghans, des somaliens ou des russes (eh,oui). (le gros du flux actuel). C’est l’ère du soupçon vis à vis de tout qui fuit les guerres ou la dictature de son pays. Et le belge oscille sans cesse entre la compassion (les camions de l’asphyxie ou les bateaux de noyés) et le soupçon.
Celui qui raconte massacres, tortures, viols, est-il vraiment un réfugié politique ou ne serait-ce pas un simple menteur? Bref, est-il victime ou coupable? Un homme à secourir où à surveiller?
C’est généralement pourtant assez clair: celui qui vient encore d’un pays des Balkans en 2015 en se présentant comme demandeur d’asile n’est plus crédible: c’est clairement un réfugié économique dont le dossier sera rejeté.
Dans les textes fondateurs du droit d’asile, celui qui fuit son pays a droit a un statut vraiment spécifique: on doit le distinguer tout à la fois de l’indigent (SDF, ce genre) et de l’immigré lambda.
Double phénomène: d’une part, la politique de l’asile est de plus en plus confondue avec celle de l’immigration; d’autre part, l’asile est entré davantage dans la sphère des guichets de l’action sociale.  Avec son incroyable lot de légendes urbaines pour réseaux sociaux.
Ainsi de ce conducteur de bus flamand qui s’est mis à faire le buzz sur Facebook avec un post délirant affirmant que les demandeurs d’asile recevraient un logement gratuit, de la nourriture et des vêtements gratuits ainsi que près de 40 euros par jour.
Il a fallu un contre-post du Secrétaire d’Etat N-VA Theo Francken himself pour freiner la rumeur: « Les demandeurs d’asile ne reçoivent pas d’argent, a-t-il dû repréciser. Ce sont les centres d’accueil qui reçoivent en effet un budget de Fedasil pour payer les factures demandées. Cet argent va donc aux centres et jamais dans les mains des demandeurs d’asile. »(l’aide sociale financière est remplacée depuis 2001 par une aide matérielle aux structures d’accueil).

Maggie la butée

C’est qu’il fait plutôt le job, le secrétaire d’État N-VA à l'Asile et aux Migrations, ouvrant sans cesse de nouvelles places pour les demandeurs (on en est à 28.200 prévues) , mobilisant des tentes « plutôt que de laisser quelqu’un dormir dehors », faisant appel au privé, réfléchissant à des solutions multiples.
Tous ne l’admettront pas rue de la Loi, mais c’est plutôt la surprise du chef pour nombre de ceux qui avaient jugé et diabolisé vite fait le populaire bourgmestre de Lubbeek. Qui avait d’ailleurs vraiment très mal vécu, à ses débuts, le fait d’être accusé de racisme. Dans l’opposition, Theo Francken s’était plutôt profilé jadis comme celui qui trouvait qu'il y avait par trop d’immigration passive, que les lois du Royaume (sa seconde grande spécialité de l’époque était la critique monarchique) étaient trop souples, etc…
En fait, Theo Francken, dans cette crise de l’accueil, a assurément marqué des points et perdu des points. Il en a gagné face à l'opinion publique belge, francophone et flamande. Nombre de gens qui ne l'aimaient pas trop (les syndicats du secteur, la gauche du Nord et du Sud, les médias francophones ..) sont surpris. Et il en a perdu sans doute un peu face a son nouvel électorat N-VA. « Dans ma région, j’ai cannibalisé le Vlaams Belang , se plait parfois à dire l’homme qui, en cas de fusion des communes, pourrait bien devenir un jour bourgmestre de Louvain. Et rêve, à ses heures, de voir le Belang « sans plus aucun élu au Parlement . «  
Pour ceux-là, Theo Francken c’est la surprise de découvrir que le «  hardliner » de jadis   se comporte, maintenant qu'il est au pouvoir, d'une manière très « soft », plus humaine sur les dossiers. Par rapport à la politique butée, fermée, têtue de Maggie De Block (OpenVLD) c’est assurément un monde de différences, même si la ligne politique reste aussi ferme.
Plus question par exemple d’expulser les réfugiés bien établis, les étudiants aux études s’ils sont bien intégrés, parlent la langue de la région…Exit les dossiers émotionnels du type Pawais Sangari (expulsé en 2012 vers Kaboul), Scott Manyo (un jeune Camerounais) ou Narid Sharifi, le jeune plombier afghan si médiatisé par l’index vers le bas de Maggie De Block..
Principal problème de l’homme Francken: son compte Twitter, ou le Secrétaire d’Etat déclenche récurremment, en Flandre, nombre de polémiques médiatiques. (blocage d’un journaliste de Knack, critique d’une « Une » du Morgen…).

Le bon flic et le mauvais flic

Bref, Francken, c’est plutôt le rôle du « bon flic » de la N-VA. Et Bart De Wever s’est donc chargé de l’autre rôle classique du polar: celui du « mauvais flic ».
En envoyant un message touchant précisément au coeur de ce que nous évoquions ci-dessus: l’entrée du demandeur d’asile dans la sphère de la politique sociale. De Wever a souhaité un « statut spécial pour les réfugiés reconnus » en manière telle qu’ils n’aient pas un certain nombre de droits, faute de quoi « les gens qui ont contribué toute leur vie au système » ne comprendraient pas). Analyse universelle: c’est là  un statut que le président de la N-VA sait parfaitement impossible, illégale, impraticable.
C'est du populisme pur jus: De Wever joue clairement sur les émotions irrationnelles des gens concernant l'immigration et les demandeurs d’asile. C’est aussi clairement une attaque de la N-VA contre l’Europe.
Mine de rien, De Wever a mis ainsi à la sauce la « préférence nationale », cette formule du Front National exprimant la volonté de refuser des aides sociales à des personnes qui n'auraient pas la nationalité du pays. « Ce que les politologues nomme le chauvinisme du bien-être (Welfare Chauvinism) : oui à des droits sociaux, mais seulement pour « nos » (vrais) nationaux « , confirme Pascal Delwit.
C’est d’ailleurs vachement culotté: le président de la N-VA  a un ministre N-VA de la Défense Nationale, Steven Vandeput, qui a envoyé des F-16 bombarder l’Irak, et affirme pourtant que ceux qui fuient l’Etat Islamique le feraient juste pour des allocations sociales… Gonflé,on vous dit.
Certes, De Wever veille-t-il ainsi, comme souvent, à préserver l’électorat  qui a quitté le Vlaamse Belang pour un parti démocratique..
Mais on peut penser tout aussi bien que De Wever aurait dit kif la même chose si le Vlaamse Belang avait disparu de la carte politique.
Une des forces de De Wever c’est évidemment d’avoir un sens aigu du timing politique mais aussi de bien capter le « grondstroom » de la Flandre, ce mot presque intraduisible (« forces telluriques », « climat souterrain », ce genre) pour les francophones.
Le coup politique de Bart De Wever, c’est que ses propos infaisables, volontairement bidons,  peuvent être « vus » (on souligne le mot) au Nord comme une solution potentielle « raisonnable » à une préoccupation émotionnelle (« l’invasion ») pour lequel aucun autre  politique n’avait l'air d’avoir en poche une quelconque solution. Le bourgmestre N-VA d’Anvers se distingue avec cette proposition/communication des autres hommes politiques flamands et les prend tous de vitesse.
Fait peut-être encore plus marquant que les propos de De Wever: la réaction de Gwendolyn Rutten, présidente de l’OpenVLD, pas précisément portée à droite-droite. Mais qui, avec une belle part de pure com’ également, a plutôt suivi  et embrayé sur De Wever, fut-ce de manière plus nuancée. Elle ne l'aurait assurément pas fait si elle considérait que c’était là du « racisme’ » .Ou si elle avait considéré que c’était là une pure manoeuvre de De Wever pour conserver l’électoratdu Belang.(ni elle, ni l’Opne VLD ne veulent être associés avec l'un ou avec l’autre)
Le constat est flagrant: la « préférence nationale » n’est pas que portée par le solde du Belang et une partie de la N-VA, mais aussi par une partie de l’OpenVLD, du CD&V et peut être même, marginalement, du sp.a…
Bart De Wever, on ne le soulignera jamais assez, a deux modèles: le « modèle allemand » lorsque ça l’arrange (pas question du combat de Merkel, alors que la Flandre va connaître le même vieillissement démographique: un tiers des flamands aura bientôt plus de 60 ans) et David Cameron, l’actuel leader des conservateurs britanniques. A qui il a emprunté bien des idées (caméras dans la ville, lutte contre la drogue ou la pornographie sur le net).
Plus important: les élus européens de la N-VA font désormais partie, auParlement Européen, du « Groupe des Conservateurs et Réformistes » (ECR), fondé en 2009  par le parti conservateur britannique et regroupant un ensemble de partis de droite parfois populistes et nationalistes.
On y trouve entre autres le parti des « Vrais Finlandais » ou l’important « Parti du Peuple Danois ». Or, trois des quatre pays nordiques – Danemark, Finlande et Norvège – sont aujourd’hui gouvernés ou menés par des partis de droite, une grande première depuis 1945.
L’exception, c’est la Suède ou, autre fait notable, on a importé le « cordon sanitaire » à la belge: droite et gauche y ont signé un pacte de non-agression qui s’étend jusqu’en 2022 (deux législatures) afin de neutraliser le parti populiste des Démocrates suédois (SD)
Il ne faut donc pas s’étonner si la #Suédoise vire aujourd’hui  à la #Danoise, surtout pour ce qui est de l’asile et l’immigration.
C’est fou ce que les ténors de la N-VA, tout comme ceux de l’OpenVLD, font subitement référence aux premières décisions du fragile nouveau gouvernement minoritaire danois, le Premier Ministre libéral Rasmussen étant  juste soutenu de l’extérieur par Le Parti du Peuple danois . Un parti assez xénophobe qui , dans la foulée de l’attentat de Copenhague et dans un contexte de crispations autour des questions d'immigration et d’intégration, a fortement progressé aux élections de juin.  Pour soutenir le gouvernement, le Parti du peuple danois a ainsi d’abord exigé la réintroduction du contrôle des frontières du Danemark, réclamé « des règles d’asile plus strictes et plus d’exigences pour les immigrés »: « Si tu viens au Danemark, tu dois travailler », proclamaient les affiches de ce parti lors des dernières élections.
Ce n’est pas une première: ce parti avait déjà monnayé son soutien aux gouvernements de droite minoritaires successifs en échange, à chaque fois, de l'adoption de mesures draconiennes en matière d’immigration.
Cette fois, c’est la réduction de moitié des allocations aux demandeurs d’asile danois  qui plait tant à la N-VA et à Gwendolyn Rutten. Tout comme la prime versée à ceux qui parlent suffisamment bien le danois (en version N-VA, entendez le flamand).
Il n’y a qu’un léger hic: dans leurs interventions, les ténors N-VA ou OpenVLD se gardent bien de donner les montants encore octroyés au Danemark, Etat-Providence qui entend bien le rester.
Pour un célibataire demandeur d’asile, c’est 797€ par mois.
Pour un couple avec deux enfants, c’est 2.229€.
Chez nous, l’allocation hebdomadaire du demandeur d’asile accueilli chez Fedasil est de 7,40 € par semaine.

Michel HENRION

lundi 7 septembre 2015

Le taxshift a-t-il vraiment le physique de l’emploi? (MBelgique Hebdo du 7/8/15)

Dans le débat politique belge, il est aujourd’hui un terme sinistré, démodé, quasi tabou: le mot « travail ». Remplacé dans tous les discours par le mot « emploi ».
Or, le travail, c’est bien plus que de l’emploi. Le matin, le belge se lève évidemment « pour aller au travail »: pas pour se rendre à l’emploi.
Et chacun d’entre nous peut vivre tantôt un travail valorisant, épanouissant, intéressant ou, tout au contraire se sentir exploité, «comme un « moins que rien », bref ce que les sociologues appellent un brin doctement du « travail sans qualités ».
Ce n’est pas qu’une banale guérilla de vocabulaire: en privilégiant le mot « emploi », tous nos politiques font que le travail est devenu abstrait: l’essentiel désormais est qu’il rapporte juste un salaire.
Comme l’a dit le sociologue Bernard Vasseur, « être sans emploi », ça signifie être privé de ressources, de salaire et donc de possibilité de consommer. « Etre sans travail », c’est ne plus se sentir utile, être très vite privé de repères, ne plus pouvoir « apporter sa pierre », ne plus recevoir et ne plus transmettre ».
Créer de l’emploi, pour les politiques, c’est désormais juste mettre sur le marché des objectifs froids à remplir.
La jeune génération en panne de boulot a bien de la chance si on lui trouve un emploi quelconque et un salaire tout aussi quelconque: il lui suffira d’aller chez Aldi ou Lidl acheter quelques menus plaisirs-gadgets à quelques euros pour se donner l’illusion du bonheur.

« Jobs, jobs,jobs »


Cela fait des lustres que les promesses électorales tant de la gauche que de la droite rivalisent ainsi  à coups de promesses d’emplois.
Jadis, les socialistes furent les premiers à se lancer dans ce jeu hasardeux par la promesse irréaliste de  « 100.000 emplois nouveaux » en une période de grande déglingue économique: il leur fallut des années pour faire oublier l’hasardeux et malencontreux slogan.
Le flamboyant Guy Verhofstadt, oublieux de la leçon, en remit lui une couche en osant doubler la mise à carrément 200.000 emplois. mais c’était l’époque ou l’homme avait la baraka: servi par de formidables années de conjoncture économique et quelques menus artifices statistiques, l’engagement ne fut pas démenti.
Aujourd’hui, c’est au tour de la #Suédoise d’y aller d’un pari risqué sur la création d’emplois. «Jobs, jobs et jobs», a matraqué la com’ du Premier Ministre, s’appuyant sur l’exécution d’un point fort de l’accord gouvernemental: la réduction des cotisations patronales de 33 à 25 %, censée être, selon Charles Michel, un « moteur pour l’emploi ».
On connaît la controverse: si tous les partis étaient en gros d’accord pour baisser les charges sur le travail (le taux de 33% étant l’un des plus élevés en Europe) la recette variait. D’aucuns ont toujours préféré des opérations ciblées: par exemple moins de charges pour les bas salaires ou le travail de nuit, ce genre. Défaut: pour nombre d’employeurs, le bénéfice était jugé trop peu visualisé. Et le taux d’emploi des bas salaires, lors de mesures précédentes, n’a pas vraiment explosé.
D’aucuns encore souhaitaient conditionner une telle baisse des charges à des engagements fermes des milieux patronaux. Bref, contraindre à embaucher un minimum.
Résultat des courses: la #Suédoise a choisi de changer, là, la structure fiscale sur le travail de façon inconditionnelle. On répète bien: inconditionnelle.
Une mesure linéaire comme on n’en a plus vu depuis les réformes fiscales d’antan.
Message politique: le coût du travail en Belgique est désormais plus bas. Un signal fort qu’aucun agent économique ne peut cette fois ignorer.
Comment les entreprises vont-elles redistribuer cet effet là: vont-elles augmenter les bénéfices des actionnaires -comme le pensent les syndicats- ou, comme promis par le gouvernement, créer de l’emploi?
Bref, les employeurs vont-ils bouger? A la N-VA, dont le poids fut lourd dans la négociation, (ben oui, ça pèse 33 sièges sur 88) on est d’ailleurs plus que prudent: « Nous avons fait le premier pas vers les employeurs, j’aimerais qu’ils fassent le deuxième en créant de l’emploi » a lancé lourdement le Vice-Premier ministre Jan Jambon.

La maladresse de Van Overtveldt

Une invitation à bouger qui risque d’être contrariée par la maladresse - peu relevée jusqu’ici- d’un autre ministre N-VA, à savoir le ministre des Finances Johan Van Overtveldt.
Qui s’est empressé, pour rassurer l’électeur N-VA (qui, lui aussi, va évidemment financer ces baisses de charges) de poser un inattendu veto.
« Je suis contre de nouvelles discussions à propos d’un futur autre tax-shift » a-t-il aussitôt verrouillé, présentant la mesure gouvernementale comme un one-shot. 
Comment dire? Pour nombre d’économistes, les effets retour d’une mesure fiscale sont d’autant plus forts s’ils laissent présager qu’il ne s’agit que d’une première étape.
Genre: on est déterminés, si c’est possible, si le budget le permet, à persévérer et à recommencer au plus tôt.
Bref, si on entend envoyer un « signal fort », on a intérêt à capitaliser sur celui-ci. Un comble pour la coalition #Suédoise: elle semble ignorer cette stratégie progressive qui a pourtant été menée dans les pays nordiques.
L’équation du taxshift fonctionnera-t-elle pour l’emploi? La réponse est sans doute en large partie ailleurs: entendez dans la situation économique. Le gouvernement Di Rupo a dû se débrouiller avec une conjoncture déprimante: la #Suédoise pourrait avoir plus de bol. La baraka, en politique, compte plus que tous les plans stratégiques. Le secteur de l’intérim donne des signes encourageants: et les perspectives de croissance pourraient être revues à la hausse.
A défaut, en cas de flop, ce sera pour le moins difficile à la majorité d’expliquer aux électeurs que ce qu’ils ont financé, que ce qui va aussi réduire les moyens de la Sécurité Sociale, que ce qui va toucher nombre de pensionnés,  ne donne que pouic. Ou à peu près.
Le libéral Thierry Afschrift , expert fiscal s’il en est est n’y est pas allé de main-morte dans ses critiques sur Twitter: «6 milliards d'impôts en plus que sous Di Rupo. Pluie de nouvelles taxes. Aucune réduction des dépenses publiques. Rage taxatoire.Le Tax shift une grande réforme fiscale? Les 7,2 milliards, ça fait à peine 4% du budget ».

Les vieilles recettes à la belge


Car un autre élément frappant de de taxshift (imprécis sur bien des points de son application) c’est tout de même qu’il a été mitonné sur base de vieilles recettes. Accises sur le tabac et l’alcool, diesel, TVA, etc : ce sont là des mesures cuites et recuites depuis trente ans.
Pas le moindre trace, par exemple, d’une avancée vers la globalisation des revenus, que la Belgique a pourtant connue, eh oui, jusque dans les années ’80.
Pour rappel, la globalisation des revenus, née en 1962, fut abandonnée au profit du précompte mobilier libératoire. Pour comprendre pourquoi, il convient de passer par un petit retour historique: il s’agissait à l’époque de gérer au mieux la fuite des capitaux belges vers des paradis fiscaux pas forcément lointains.
Aujourd’hui, à l’heure de l’Euro et surtout de la transparence fiscale entre états, il n’y a de fait plus aucune solide raison technique de taxer différemment revenus du travail et revenus du capital. Ce sont les revenus globaux qui devraient à nouveau être taxés selon le barème progressif de l’IPP.
Comme le dit l’économiste libéral Bruno Colmant:  « L’exercice sera délicat mais il est incontournable : les alignements des paramètres macro-économiques exigent de repenser les solidarités. Bien sûr, modifier la fiscalité suscitera des mécontentements. Mais la situation des dettes publiques est d'une telle gravité qu'aucune solution n'est à trouver dans la répétition de scénarios ou le vain espoir de croire pouvoir échapper à de nouvelles réalités fiscales. »

La rentrée sociale s’annonce en tout cas animée. Les syndicats, qui souffrent (la stratégie ACV-CSC de tabler sur le CD&V apparait comme un échec) ne manqueront pas de mettre en avant qu’après le saut d’index pour les employeurs, le taxshift bénéficie surtout aux entreprises par la réduction des cotisations sociales patronales. (en veillant à ne pas abaisser parallèlement l’autre facteur que sont les cotisations personnelles).
Et le CD&V peut continuer longtemps dans son style « Retenez-moi ou je fais un malheur », ça ne perturbe d’évidence ni Bart De Wever ni les libéraux. Sans la présence du CDH (présent sous les coalitions Martens-Gol des années ’80) ce gouvernement assume d’ailleurs clairement sa marque .
C’est d’ailleurs, mine de rien, une nouveauté: jusqu’ici il n’y avait pas grand monde  en Belgique pour revendiquer ainsi le label de »droite » ou de « conservateur ».  «  C’est un gouvernement plus marqué, un gouvernement de droite » relevait l’autre matin le politologue Jean Faniel, directeur du CRISP.
Et qui, pour l’heure, tient plutôt la route. En s’imaginant souvent que la politique est la version sophistiquée de la communication.

Michel HENRION

lundi 10 août 2015

Vers la naissance d’un parti musulman modéré? (MBelgique Hebdo 03/07/15)

Les 18.536 voix d'Emir Kir:pas que du vote ethnique
La phrase est péremptoire. « Vous verrez, nous prédit ce fin connaisseur de la diversité, c’est pour moi une quasi certitude: on va assister un de ces jours à la naissance, à Bruxelles, d’un parti musulman modéré ». Relisez le dernier mot, il est important: « modéré ». Car ceux qui y pensent plus qu’en se rasant le matin sont, cette fois, tout sauf des fous d’un Dieu. Juste des  musulmans  qui entendent affirmer une volonté de se débarrasser  d’une image d’ « assistés », ou qui n’en peuvent plus d’un climat difficile, à leurs yeux souvent fait d’hostilité ouverte. Et ce ne sont pas les derniers événements tragiques de Tunisie qui vont rasséréner un climat  ou l’on assimile en permanence l’Islam au terrorisme d’une frange du monde musulman: les salafistes djihadistes.
Résultat: un climat lourdingue, un contexte ou le fossé entre belges et nouveaux belges se creuse sur fond de xénophobie. Sans parler des discriminations à l’embauche, du chômage massif ou-simplement- du respect de ces communautés, ce qui est pour le moins différent du communautarisme.
D’ou le ralbol d’un certain nombre de musulmans issus souvent du petit monde associatif musulman ou de milieux  très dynamiques. On retrouve, par exemple ( à titre individuel), parmi ceux-ci des plus ou moins actifs ou proches de l’Association Belge des Professionnels Musulmans, qui se consacre « au développement de l’esprit d’entreprise et à une meilleure accessibilité à l’emploi pour les populations issues de la diversité. » Une association  connue pour la vulgarisation, auprès de nos politiques, de la « Finance Islamique » ou par sa journée Déclic, initiative née du constat de l’important taux d’échec des jeunes issus des quartiers populaires.
On en retrouve d’autres au sein de l’influent réseau Emrid, » pour qui la religion musulmane représente une thématique contemporaine majeure qui nécessite l’apport urgent de clés de compréhension ». Bref, plutôt du lobby parfois haut de gamme.
On en retrouve encore d’autres dans certains partis ou mouvements politiques, parfois mal  à l’aise en interne.
C’est clairement le cas au cdh ou Benoît Lutgen
En tout cas, rien à voir avec le mini-parti fondamentaliste Islam, dont la disparition ne peinerait d’évidence pas nombre de ces musulmans plutôt modernes.

Le parti Islam: un coup de main à la peur…


Toujours prêter garde aux chiffres électoraux: spectaculairement apparu aux élections communales de 2012 (un élu à Anderlecht, l’autre à Molenbeek), un sondage de mars 2015 accordait toujours et encore 3,1% des intentions de vote dans les 19 communes à la formation Islam de Redouane Ahrouch, l’homme qui ne serre pas la main aux femmes. (et ne présentait aux dernières communales que des listes d’un seul candidat, histoire d’échapper à la mixité légale imposée dès la deuxième place sur une liste électorale).
Davantage d’intentions de vote pour Islam que pour le Parti Populaire de Modrikammen et ce malgré d’incroyables casseroles, la plus rocambolesque étant d’évidence le très momentané ralliement en 2013 de l’ineffable Laurent Louis (désormais inéligible pendant six ans), celui-ci s’emparant même de la Présidence en excluant le chiite Ahrouch dans un pittoresque putsch-vaudeville des Mille et une Nuits.
Si, à Molenbeek, Lhoucine Aït Jeddig (élu avec 4,12% des voix en 2012) « ne dit pas, dit-on, que des conneries », son rôle reste extrêmement confidentiel tout comme celui de l’autre conseiller communal élu à Anderlecht qui, lui, est carrément quasi muet, Redouane Ahrouch  (4,13% des voix en 2012) « préférant travailler sur le terrain ». Et tenter d’y propager son programme ubuesque faisant de la Belgique un Etat islamique sous la loi de la Charia, avec rétablissement parallèle de la peine de mort et évidemment pénalisation de tout avortement.
Bref, de quoi donner un petit coup de main politique à tous ceux qui surfent précisément sur la peur de l’Islam, cette religion dont l’on fait ce que l’on veut…
Parfois, ce sont des bourgmestres eux-mêmes qui contribuent, peut-être à l’insu de leur plein gré, à la montée d’un climat détestable.  Ainsi, a-t-on vu, il y a peu, le bourgmestre cdh de Berchem St Agathe, Joël Riguelle - connu pour n’être pas précisément, disons, le plus ouvert à l’Islam- prendre bizarrement l’initiative, qui se voulait aimable, de faire barrer par la police une petite rue de sa commune. Histoire de permettre aux musulmans, victimes de la petitesse d’une mosquée en début de Ramadan, d’y prier en pleine rue. Conséquence: la vidéo de la pratique donna lieu à un buzz souvent xénophobe. Alors que la plus élémentaire logique eût été, face à cette situation, que le bourgmestre prête un local communal suffisamment grand pour permettre  la pratique religieuse.
«  Il faudrait d’abord commencer par construire de vraies mosquées pour les musulmans qui sont des citoyens comme les autres. Ils ne peuvent plus se satisfaire de prier dans des garages, des caves, des maisons aménagées. Il ne faut pas déranger les non-musulmans, avec ces pratiques. Par contre, si l’État ne fait toujours rien, cela risque de se reproduire » a commenté Noureddine Smaili, président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique


Le kaléidoscope musulman


La réalité est qu’on vit, à Bruxelles, avec un kaléidoscope musulman.
« Quand vous parlez avec des électeurs issus de l’immigration, ils ont quasi exactement les mêmes préoccupations que les belges de souche » relève cet élu molenbeekois. « Le vote communautaire, du moins chez les belges d’origine marocaine, n’existe quasi plus: c’est fini le temps ou il suffisait de paraître: en période électorale, c’est un examen à chaque coin de rue, avec des sujets comme l’emploi, la discrimination à l’embauche d’abord. D’ailleurs, tous ceux qui tiennent ou ont tenu des discours très communautaires en prennent  désormais un coup ».
Si la communauté turque continue, elle, à voter davantage massivement, cela mérite aussi plus qu‘une  nuance:les 18.536 voix en 2014 du bourgmestre de St Josse Emir Kir ne sont pas que du vote ethnique.

Le fossé est clair: il y a toujours une difficulté, en Belgique et à Bruxelles plus particulièrement, d’accepter la diversité, et cela vaut aussi bien évidemment pour les belges d’origine congolaise.
Et l’arrivée rue de la Loi de la N-VA n’a pas aidé. « On a beau leur mettre sous les yeux tous les rapports  officiels positifs sur l’immigration, les nationalistes n’en tiennent aucun compte et entretiennent un climat négatif» s’exclame un parlementaire PS.
Un député Ecolo remarque quant à lui: « Avez-vous fait déjà vraiment attention à la représentation du MR à la Chambre? Pas un seul élu issu de l’immigration!  Je n’aime pas cette expression, mais que des « blancs «  ! Et l’on s’étonne que certains se sentent peu ou mal représentés? »

L’optique psy

Mais, question partis, c’est au CDH que la situation est la plus agitée depuis l’affaire Mahinur Ozdemir -jadis sponsorisée par Joelle Milquet- et son exclusion illico presto du parti par Benoît Lutgen dans le dossier du génocide arménien, devenu, mine de rien, bien plus enjeu politique que débat de fond.
Benoît Lutgen, pour avoir calculé ses risques comme président de parti, n’en a pas moins pris d’autres. Notamment le fait que la parlementaire bruxelloise Mahinur Ozdemir devienne une « martyre » (on ne s’en fait pas trop pour elle: d’ici 2019, la Turquie d’Erdogan pourra lui offrir bien des reconversions)
Notamment le fait que, à tort où à raison, la population bruxelloise d’origine turque se sent pour l’heure quelque peu stigmatisée.  «  C’est l’aspect du dossier que nul n’évoque jamais, constate ce connaisseur de la diversité. Mine de rien, des politiques belges précisent bien aux belgo-turcs de Belgique qu’ils n’ont rien à voir avec le génocide d’antan ;mais en oubliant qu’ils descendent de leurs aïeuls. Qu’il y a toujours une mémoire familiale. Bref, qu’on leur demande de considérer leurs aïeuls comme des génocidaires, une dimension psychologique que d’autres pays ont mieux comprise et gérée ». C’est en tout cas une difficulté de plus pour le « vivre ensemble » et pour certains élus.
Le cdh Ahmed El Khanouss, à Molenbeek, pour avoir tenté le grand écart ("Que le massacre des Arméniens doive être ou non appelé un génocide ? Je m’en fous ! Si on me dit de dire que c’est un génocide, je le dirai, je n’ai aucun problème avec cela! »)  et publié une page internet enflammée à la gloire de la Turquie d’Erdogan, s’est ainsi d’évidence « carbonisé » auprès du cdh. Et ses dons au karaté (il fut champion de Belgique) n’y changeront rien: la ligne Lutgen, qui entend faire s’évanouir la fracture entre le profil électoral wallon, plus centre-droit,et le profil bruxellois, plus immigré, du cdh (qui pénaliserait les sociaux-chrétiens wallons), l’a mis au tapis.
Rien d’étonnant donc si, dans tout le petit monde associatif musulman, nombreux sont ceux qui le verraient bien lancer l’aventure d’un nouveau parti musulman modéré.

La stratégie de Lutgen, le déclin de Milquet

Ce n’est pas vraiment par hasard si  le dénommé Ahmed El Khanouss a réuni autour de lui il y a peu le ban et l’arrière-ban des musulmans cdh de la Région bruxelloise. Inquiets par ailleurs du déclin de la « ligne Milquet », lequel ferait s’évanouir l’électorat musulman du cdh.  De quoi faire penser que l’éventuel parti des musulmans modérés pourrait  bien d’abord se constituer autour des musulmans  issus du cdh. Et parfois plus conservateurs (notamment par leur homophobie).
« Ne vous y trompez pas, confie-t-on pour conclure, avec ou sans lui, il ne faudrait pas beaucoup d’élus ou de personnalités connues pour y arriver « .
Le risque est qu’un tel parti , s’il fédérait des musulmans d’origines diverses, pourrait brasser large à l’échelle régionale et entérinerait le communautarisme  (« Je vote musulman »)
Le chant des sirènes, c’est vieux comme le monde: et souvent, ça fonctionne.

Michel HENRION



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mercredi 1 juillet 2015

PTB et MR se rejoignent pour prendre le PS en tenaille (MBelgiqueHebdo du 19/6/15)

David Pestieau, le vrai N°2 FR du PTB.
La sémantique politique a aussi ses modes. Pour l’heure, le mot-bateau tendance c’est « décomplexé ». Du côté de la N-VA et des partis libéraux, d’aucuns parlent volontiers d’une « droite décomplexée ». Qui, de fait, avec la #Suédoise, assume volontiers une vraie rupture de style et une toute autre manière de faire de la politique en Belgique.
A gauche, l’expression est bizarrement utilisée tant par le social-démocrate PS français (J-C Cambadélis, Premier secrétaire, en a même fait un gimmick) que par… le PTB, son président national réinstallé Peter Mertens psalmodiant l’expression jusqu’à l’incantation. Décomplexé de quoi? De quel complexe psy? On ne sait pas trop: mais la formule est dans l’air du temps médiapolitique. Et vient bien à point à un parti qui a curieusement pleinement fait sienne la réplique-culte de feu l’acteur Charles Denner dans « L’aventure, c’est l’aventure »: « La politique, c’est du show-business ».
Car le PTB, l'une des rares organisations marxistes-léninistes d'origine maoiste à avoir survécu à tous les bouleversements de l'histoire depuis les années ’60, a plus que jamais une volonté frappante: celle d’exceller dans la communication politique. Une stratégie externe très délibérée, très calculée, décidée il y a bien des années déjà, appliquée depuis avec minutie. La tactique externe érigée, comme l’a écrit en son temps un des stratèges du mouvement, en « art politique ».
On en a encore eu la démonstration, l’autre week end, au neuvième Congrès du PTB -PvdA. Le premier depuis …sept ans. (la norme est peu prenante: un congrès tous les cinq ans). Qui a proclamé médiatiquement avoir réélu son président, Peter Mertens, par 93,9% des voix. Ce qui, en com’, fait apparemment très démocratique, genre suffrage direct des membres. Le léger hic, c’est que, en réalité, c’est toujours le Comité National -soit les vieux de la vieille entre eux- qui propose le nom du Président, lequel est ensuite juste avalisé par le vote des délégués. Bref, c’est pas demain la veille qu’une proposition contraire à celle de l’appareil y serait adoptée.« C’est la démocratie du consensus! », comme nous le dit Raoul Hedebouw. Bref, pas une structure pas encore vraiment décomplexée.

Le pétébé des Inconnus

Ne dites d’ailleurs jamais à un francophone lambda que Hedebouw n’est pas le président du PTB: il ne vous croirait pas. C’est que en Wallonie et à Bruxelles, on ignore quasi tout de Peter Mertens, l’anversois, dauphin de feu Ludo Martens, le père fondateur d’Amada  (Alle Macht Aan De Arbeiders: Tout le Pouvoir aux Ouvriers) et ensuite du PTB/PVDA.  Qui s’opposaient, à l’époque,  tout à la fois à l'impérialisme américain et au "social-impérialisme" soviétique tout en appelant à renforcer l’OTAN. Si.
Tout au plus certains connaissent-ils Peter Mertens comme l’auteur de « Comment osent-ils »?, grand best-seller de l’édition en Flandre et traduit en français.
A l’inverse, ne parlez jamais à un néerlandophone lambda de Raoul Hedebouw: seuls les flamands qui suivent la politique et les travaux parlementaires de près le connaissent. En Flandre, dès qu’une caméra s’intéresse au PTB-PvdA, c’est Peter Mertens qui débarque, même s’il n’est pas parlementaire.
Cette incarnation très différenciée est délibérée: de chaque côté de la frontière linguistique, le but était de personnaliser fortement le PTB, notamment dans les relations avec la presse et les médias. Le fiston du séminariste flamand venu  éduquer la classe ouvrière wallonne maîtrise à merveille tous les codes de com’, jusqu’à fréquenter le très patronal Cercle de Lorraine ou se faire applaudir par un public plutôt huppé à une remise de Lobby Awards. Jusqu’à être très conservateur sur les questions de société lorsqu’il prend le pouls d’une certaine opinion publique. (Michèle Martin hébergée chez l’ex-juge Christian Panier « qui ne peut plus être candidat PTB ».

Le très discret homme fort

Raoul Hedebouw c’est le type qui se la joue sympa et qui a patiemment tissé un fort réseau dans les médias, ou certains acteurs se transforment même parfois en sympathisants.
Comme le note un membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, cela commence à  parfois poser question.
« Pourquoi, dit-il, une telle présence de l’extrême-gauche? La droite extrême du Parti Populaire n’est pas ma tasse de thé mais cette formation a également un élu à la Chambre et sa présence est, elle, totalement congrue. Pourquoi Hedebouw est-il à ce point mis en avant avec 30.000 voix de plus que Modrikamen? » (ndlr: 132.943 voix PTB contre 102.581 au PP)
Pourtant, n’hésitez pas à relever devant le simple porte-parole qu’est Raoul Hedebouw que, assez discrètement, le PTB s’est doté d’un vice-président francophone en la personne de David Pestieau, directeur du Centre d’Etudes et le véritable homme fort des coulisses francophones du PTB.  Raoul Hedebouw n’en sera nullement complexé: il connaît, lui, les règles du jeu interne.
Il n’est pas le N° 2 du parti mais il sait parfaitement jouer de son nouveau rôle de député fédéral, même si le parlementarisme est tout, sauf la tasse de thé de la doctrine PTB. Exemple récent: dès que le pétébiste a humé que le débat nucléaire entre l’Ecolo Jean-Marc Nollet le la ministre Marie-Christine Marghem commençait à passionner opinion et médias, l’homme s’est médiatiquement pointé dans une Commission qui ne le passionnait d’évidence guère jusque là…

Le jackpot du financement public


Grande conquête des élections de mai 2014, avec deux députés fédéraux, le PTB a, à son tour, touché le bingo du financement public des partis. « Autour du million d’euros », comme nous l’a confirmé Hedebouw lui-même. Avec, en Commission ad hoc, une sérieuse controverse: le PTB peut-il faire valoir, peut-il transformer les voix flamandes du PvdA en subsides sonnants et trébuchants?
C’est tout le problème de ce parti, qui se veut national, mais se présente sous des labels différents au Nord (Partij voor de Aarbeid) et au Sud. (Parti du Travail de Belgique) Et ne met pas forcément en avant les mêmes points de son programme. Comme par exemple le point qui prône rien de moins que la refédéralisation de l’Enseignement, comme au bon vieux temps du Ministère de l’Education Nationale.
Bref, le truc que même les micro-partis les plus belgicains hésiteraient à mettre sur papier, tant l’idée est saugrenue dans un Etat fédéraliste cautionné par la Monarchie. En Flandre, il faudrait d’ailleurs se lever tôt avant d’entendre Peter Mertens s’exprimer sur ce point:  le PvdA fait plutôt peu référence au « sentiment belge » en Flandre.
Par contre, le PTB a fait de la région liégeoise un de ses terrains d’action préférés: mais son programme belgicain a de quoi faire se retourner dans sa tombe feu André Renard.
C’est l’une des critiques les moins courantes vis à vis du PTB mais comme le dit un syndicaliste wallon de premier plan: « Par son belgicisme forcené, dans quelle mesure ce parti ne contribue-t-il pas à la démoralisation du peuple wallon? «
Avec ses deux  députés fédéraux (très médiatiques), ses deux  députés wallons (pas très actifs), ses deux  bruxellois, (pas très visibles) le PTB a plutôt réussi  son test électoral de mai 2014, (132.943 voix) surtout en se présentant sous une très momentanée étiquette d’ouverture:  le label PTBGo. Le Go étant, le scrutin passé, vite oublié, les petits alliés faiseurs de voix (sans eux, le député Marco Van Hees n’aurait, dit-on, probablement pas été élu) étant vite renvoyés à leur destin. On vous épargne les micro-conflits qui passionnent tout le petit monde de l’ultra-gauche, mais le Comac (entendez le mouvement des jeunes du PTB) se méfiait par exemple comme de la peste du succès, dans les milieux étudiants, du dynamisme du PSL-LSP trotskiste.

Pas d’élus parlementaires au Nord

 Le grand problème stratégique des pétébistes, c’est que l’émergence est à deux vitesses. C’est un comble pour un parti créé jadis à Anvers, mais les résultats électoraux sont pour le moins très différents au Nord (118.333 voix en 2014 et pas d’élus) et au Sud (132.943 voix soit 5,5% ). Et ce malgré tous les efforts déployés par les marxistes, surtout à Anvers. A tel point que, faute de moyens, ils ont, du coup, négligé le reste de la Flandre.
Mais la vraie explication est sans doute ailleurs. La clé de la montée du PTB en Wallonie est sociologique: comme l’a relevé le Cevipol (ULB), les électeurs du PTB sont majoritairement, et nettement, des « pessimistes ». Le PTB réalise ainsi ses meilleures performances parmi les demandeurs d’emploi  et les bénéficiaires d’un revenu d’insertion (10,4 %) ainsi que chez les ouvriers (8,3 %). Hedebouw  persuade davantage parmi les détenteurs d’un diplôme secondaire inférieur professionnel (9 %), secondaire supérieur professionnel (7,8 %) et primaire (7,4%)
Un public-cible pour le PTB dont la com met sans cesse en avant un côté « parti anti-systême. » Or, en Flandre, la situation est pour le moins très différente: la toute puissante N-VA y cultive déjà elle-même ce même aspect anti-establishment, le solde du Vlaams Belang y ajoutant le racisme.
Et ce n’est pas tout: à gauche les écolos flamands de Groen se montrent, eux aussi, volontiers anti-establishment, tout en développant un programme qui se veut positif. C’est donc Groen qui capte plutôt la sympathie des électeurs décus par les socialistes flamands jugés trop « blairistes » sous les présidences d’une Caroline Gennez ou celle, assez cata, d’un Bruno Tobback. On verra d’ici peu le ton que John Crombez, à qui on prête de grandes qualités, donnera à l’opposition d’un parti clairement social-démocrate. Le PTB se heurte en fait à deux freins en Flandre: contrairement à la Wallonie, on y perçoit davantage son profil marxiste et l’on y franchit moins vite le pas vers le « communisme marxiste-léniniste light ».

Le PS pris en tenaille

C’est sans doute une bonne part d’explication aux problèmes du PS, pour la première fois critiqué sur deux fronts. Par le MR sur sa droite (qui développe l’image du PS « ringard » ou « archaïque », c’est selon) et par le PTB sur sa gauche (les « traîtres sociaux-démocrates »). Puisque les pétébistes sont grands amateurs de réseaux sociaux, qui se retweetent sans cesse les uns les autres,  il suffit de remonter le fil des tweets de @RaoulHedebouw ou d’autres acteurs majeurs du parti. Les « méchants », ce sont aussi bien le gouvernement #Suédois que le PS, celui-ci étant clairement le plus visé.
Cela évoque ce grand lecteur de Mazarin, ce manoeuvrier machiavélique de génie qu’était François Mitterrand. Qui avait,  dans les années ’80, déstabilisé la droite française (RPR, UDF) en prêtant beaucoup d’attention au Front National. D’abord en appelant curieusement l'attention des responsables des chaînes télé de l’époque sur les manquements d’antenne dont Jean-Marie Le Pen aurait été la victime . Ensuite, en instaurant la proportionnelle et en faisant élire 35 députés du Front national pour affaiblir son ennemi principal. « La crise du PS c’est en partie cela, constate ce parlementaire socialiste. Deux camps théoriquement opposés s’allient désormais pour décrire le PS comme un parti atroce… Ce n’est pas pour rien si Charles Michel met en avant l’opposition PTB et si le PTB, à son congrès, met en avant les propos du Premier Ministre . L’électorat MR n’aime pas qu’on agite la loi de la rue chère au PTB, mais il y a parfois comme une alliance MR-PTB pour s’en prendre au PS . Si le PTB est à 10% en 2019, oubliez toute coalition de centre-gauche».

La cuisine et le restaurant

Si on censurait les livres en Belgique- comme dans ces pays amis que furent le Laos, le Vietnam, l’Albanie, la Chine et Cuba- on ne doute pas que l’étude (1) assez polémique que le politologue Pascal Delwit a consacré l’an dernier au PTB aurait de bonnes chances d’être Anastasiée… Le politologue y expliquait patiemment, documents ou témoignages à l'appui, pourquoi les sympathisants et même les membres du PTB -qui fonctionnent à l'indignation et à la dénonciation des injustices- "n'ont pas une vraie idée de l'identité réelle du parti ou de la voie qu'il promeut ».Les recherches de Pascal Delwit débouchaient sur cette conclusion"qu'une double ligne était désormais opératoire au PTB : la ligne interne -la "cuisine"- où, dans l'entre-soi, l'avenir du marxisme-léninisme est débattu et rêvé, et une ligne externe -la "salle de restaurant"- ou le PTB se donne à voir comme "un gentil parti social-démocrate réformateur". Peu de Marx, Engels ou Lénine dans le propos, encore moins de Staline ou de Mao. Pour le PTB, constatait Delwit, l'enjeu est de ne parler que de "sa salle de restaurant ». Sur les principes, son appartenance au mouvement communiste international, le PTB est inébranlable mais, au jour le jour, le mot d'ordre est à la souplesse. Il y a le "quartier général révolutionnaire" en cercle clos, mais, en externe, il convient d'être beaucoup "plus souple" et ouvert. Certes, Lénine prônait déjà "la fermeté dans les principes et la souplesse dans la tactique" mais cette double facette est devenue aujourd'hui, relevait Delwit, une donnée presque identitaire du PTB. En interne, le PTB ne cache nullement son essence marxiste-léniniste et la proclame fièrement à l'étranger et dans les séminaires communistes internationaux".

Pas un parti de rassemblement

Rien, en dehors de la com, ne semble avoir fortement démenti le fond de l’analyse (controversée) du politologue de l’ULB lors de ce dernier congrès finalement superlight, au delà d’innombrables débats préparatoires parfois très agités..
«  Ce qu’il faut bien comprendre, relève un fin connaisseur des dédales de l’extrême-gauche, c’est que le PTB n’est nullement un parti de rassemblement de la gauche. Pas question que d’autres leur fassent de l’ombre. Le PTB, ça n’a rien à voir avec Podemos ou Syriza. En Grèce, le PTB a toujours soutenu le KKE, les communistes grecs, pas Tsipras. Il ne faut pas s’y tromper: dans l’optique du PTB, si la Grèce sortait de la zone euro, ce ne serait pas pour relancer le pays, mais juste pour y instaurer une toute nouvelle expérience socialiste de type cubain ou autre… Ce n’est pas demain la veille que l’on condamnera l ‘exploitation des travailleurs chinois . Bref, on peut s’interroger si tout leur discours de rupture avec l’austérité est vraiment progressiste… »
Certes, le PTB vient de se doter d’un nouveau logo multicolore, de verdir son étoile communisante. Toujours le marketing.
«  Mais au fond, poursuit notre interlocuteur,  il y a un aspect très Corée du Nord dans les structures du parti. Le pouvoir est repris par les enfants de la nomenklatura dans un phénomène de reproduction des élites. Les fils du professeur de physique  Jean Pestieau  occupent ainsi à eux deux une large part du vrai pouvoir. L’un est désormais  vice-président et l’autre en charge d’un autre poste-clé: les relations avec les syndicats, qu’il s’agit évidemment d’infilter, comme aux TEC de Charleroi ».  Des relations avec les syndicats parfois très houleuses, comme ce jour de l’an 2000 ou deux cents militants déchaînés du PTB avaient carrément et brutalement envahi le siège central de la FGTB, qui dut recourir…à la police.
Le PTB était déjà, comme on dit,  très décomplexé.

Michel HENRION





mardi 30 juin 2015

LE TAX-SHIFT POUR LES NULS (MBelgique Hebdo/ juin 2015)

« Je ne vais tout de même pas, au prochain Gordel, endosser un t-shirt proclamant « Le tax-shift maintenant! «  comme je l’ai fait jadis pour réclamer la scission de BHV », s’exclamait l’autre jour le CD&V  Eric Van Rompuy, président de la Commission des Finances de la Chambre.
Pourtant, il y a un indéniable point commun entre les dossiers « Tax Shift et « BHV »: tous deux ont fleuri à la « Une » des médias mais le grand public n’y entrave que pouic hermétique.
Les mots ont théoriquement un sens.
Sauf d’évidence en politique. L’expression « tax shift », importée du monde anglo-saxon, est totalement abstraite.
Pire: c’est un piège médiapolitique dans la mesure ou, en bonus, la rue de la Loi multiplie les ambiguïtés, les interprétations fluctuantes, les confusions, les contradictions.
Tout est issu d’un constat peu contesté, présent en toutes lettres dans la déclaration gouvernementale : « La pression fiscale et parafiscale globale, y lit-on, est non seulement très  élevée  en  Belgique mais en outre,  la  répartition est  déséquilibrée entre les revenus du travail et  les autres revenus». Pas faux, puisque notre pays est carrément le troisième pays le plus taxé de l’OCDE avec une pression fiscale de 44,6% du PIB contre une moyenne de 34,1%. (2013) Mais lorsqu’on se penche sur la structure de l’impôt, oups, une évidence: chez nous on taxe davantage les revenus des personnes physique que les bénéfices des sociétés.
Loin déjà d’être d’accord sur les solutions mais pressés d’annoncer au bon peuple la naissance de la #Suédoise, les négociateurs N-VA, CD&V, OVLD et MR convinrent juste d’un texte
un brin flou passe-partout. A savoir que (là on va citer in extenso, en toute conscience du risque somniférique) « le  gouvernement  maîtrisera   les   dépenses   et mettra en oeuvre un glissement fiscal et parafiscal ("tax shift") pour financer une  réduction  substantielle  des  charges,  de  manière  à diminuer les charges fiscales et parafiscales sur le travail ». (fin de citation)
Pour faire simple: les recettes de l’Etat restent kif, mais tandis qu’on
baisse des impôts d’un côté on en augmente forcément d’autres pour compenser. Capito?
vous voyez, c’est tout simple, le « tax shift », au delà du jargon.
Le hic, c’est que Kris Peeters et Charles Michel auraient peut-être dû, à l’époque, prolonger de quelques jours leur mission d’informateurs histoire de se mettre davantage d’accord entre partis sur les modalités d’exécution de ce fameux tax-shift, que nul n’imaginait à l’époque voué à un tel hype médiapolitique.

Le Concours Lépine du CD&V

Lorsque le Front Commun Syndical FGTB-CSC-CGSLB (syndicat libéral) a réussi sa manifestation nationale du 6 novembre dernier (120.000 travailleurs fâchés, dont -surprise-la moitié de flamands), le CD&V de Kris Peeters et Wouter Beke- qui n’oublient jamais de ménager le poids du pilier syndical chrétien- se sont mis à agiter triomphalement le «drapeau du « tax shift » (le grand glissement fiscal) comme s’ils venaient de conquérir Iwo Jima. Comme un symbole d’une certaine équité. « Oui, ami travailleur , désolé de te faire avaler le saut d’index mais reste cool, on va voir ce que l’on va voir: le capital va itou devoir y passer. »
En fait, c’est le CD&V -le seul parti du gouvernement Michel à avoir une « aile gauche »- qui a, en quelque sorte, littéralement inventé le « tax shift ». Tout comme Louis Lépine avait inventé en son temps (1897) le sifflet à roulettes et les chiens-sauveteurs.
Ici, il s’agissait de sauver la face à Marc Leemans, le puissant leader flamand des syndicats chrétiens. De distancier son organisation de cet empêcheur de tourner en rond, de ce fétichiste de la concertation sociale qu’est Marc Goblet, le très stratège secrétaire général de la FGTB/ABVV.
C’est le temps de la métamorphose de Kris Peeters: on ne reconnaît plus l’ex boss patronal de l’Unizo (PME flamandes) qui, soudain, devient quasi  militant syndicaliste. Pour faire simple, le stratégie, la vision social-chrétienne est d’estimer que le « tax shift » (glissement fiscal) se doit d’être un contrepoids  pour les « mesures asociales » que les syndicats ont dû avaler.
Wouter Beke, vrai boss incontesté du CD&V, l’a encore martelé l’autre jour à la VRT: « Mettez-vous bien dans la tête, a-t-il dit en substance, que le tax-shift est dans la Bible gouvernementale » et « qu’il s’agit de répondre au sentiment d’injustice sociale ». Bref, augmentons, notamment, la taxation sur le capital et, de préférence, pas touche à la Sécurité Sociale.  Car ça, cela ferait encore mauvais effet pour un CD&V proche du monde syndical du Nord et qui se veut le « visage social » (le truc a l’air ne pas trop mal fonctionner) des meuchantes tribus #suédoises.
Le hic, c’est que tant du côté des libéraux de l’Open VLD que des nationalistes N-VA de Bart De Wever le « tax shift » est vu comme tout, sauf une compensation pour les mesures qui suscitent l’ire du Front Commun syndical.  Comme souvent, le parti de Gwendolyn Rutten n’est pas forcément très clair: on y rêve toujours d’une réduction de la taxation sur le travail en réduisant « le coût de l’Etat ». Comment? L’OpenVLD ne le sait pas trop lui-même.
Le discours de N-VA, va lui encore plus loin. Hendrik Vuye, le chef de groupe N-VA à la Chambre, a fixé une des pistes importante des nationalistes: «  Il faut mettre sur la table le fonctionnement et l’organisation de la Sécurité sociale. » Olé, l’inverse exact du CD&V.

Reglobaliser les revenus comme jadis


En fait, on voit se dessiner plusieurs phénomènes:
-Les politiques se méfient des réactions de l’opinion publique. Le ministre des Finances N-VA, Johan Van Overtveldt, a évoqué l’idée d’une péréquation cadastrale. De Wever a illico tué l’idée dans l’oeuf. Sans doute se souvenait-il que le dernier Ministre des Finances à avoir voulu cela il y a des lustres (Gaston Geens) y  perdit, face à l’impopularité du système, tout espoir de carrière fédérale et fut relégué au niveau de l’Exécutif flamand.
-Certains politiques, certains économistes, comme le libéral Bruno Colmant, ne voient comme vraie solution que d’en revenir à l’esprit de la réforme fiscale de 1962. Qui globalisait simplement TOUS les revenus, du travail et du capital. « On va immanquablement, dit-il,
-l’objectif du « tax shift » en devient aujourd’hui presque flou, peu clair, voire indéterminé, tant les buts affichés par les partis de coalition sont sensiblement différents.
-les tabous des partis s’additionnent à un rythme fou au fil des interviews.
Le scénario d’une taxe sur la consommation, via la TVA? « Pas question, dit la N-VA. Cette piste augmenterait immanquablement la facture de certains citoyens, comme les pensionnés ».
Taxer le capital (c’est somme toute assez faible en Belgique et surtout mal fichu): multiples vetos. Taxer  les plus values? (un truc d’application dans bon nombre pays d’Europe, là où la Belgique est un des rares pays à ne rien faire) Ouhlala, vous n’y pensez pas, s’écrient d’autres.
Le comble: le président du Voka (le puissant patronat flamand) en arrive proclamer que le « tax-shift » est, à ses yeux, totalement inutile.
Question du jour: Bart De Wever va-t-il un jour prochain adopter le même point de vue?  Cela n’étonnerait guère.

Vuye: « On impose la flamandisation du niveau belge »

Il faut évidemment relativiser cette pluie de vetos, même si elle tourne drache. C’est classique dans le jeu politique que, avant tout grand pow-wow, chacun y aille de sa musclette.
De même qu’il faut toujours se méfier des récits médiatiques pessimistes qui vous martèlent que « la baudruche du tax-shift s’est dégonflée ».  C’est une ficelle de com’ assez récente mais ingénieuse: les médias vous martèlent que tout est voué à l’impossible et, soudain, un lapin sort triomphant du chapeau. Peu importe alors qu’il soit miteux ou efflanqué: comme personne n’y croyait plus, le tour de magie politique passe la rampe. Les Carambars de la com peuvent faire parfois avaler n’importe quoi.
Marc Coucke, l’ex CEO médiatique d’Omega Pharma, n’a cependant pas tort lorsqu’il commente: « Avec le tax-shift, Charles Michel est dans un nid de serpents dans lequel il doit trouver son chemin ». Et d’y aller d’une plus value : » La Belgique a retrouvé ses vieux démons qui sont partout ». De fait lorsque le N-VA Hendrik Vuye, en marge du « tax shift » déclare (on cite): »On assiste à une flamandisation du niveau belge. On lui impose la politique libérale N-VA et des autres partis flamands », on ne peut pas dire qu’il appuie vraiment le Premier Ministre.

Des marges de manoeuvre réduites

Ce qui est bien réel, ce sont aussi certaines réalités économiques.
On peut comprendre l’extrême prudence de d’aucuns sur le fait de modifier des taux de TVA: au moment ou la machine économique se relance, au moment ou la consommation semble redémarrer, peut-on prendre le risque de tout casser par une erreur d’appréciation? (le problème du saumon fumé à 6%, si souvent évoqué par des économistes en chambre qui ignorent qu’il s’agit  depuis lurette d’un  produit d’appel d’Aldi ou Lidl, n’apparaît pas vital)
« Cette piste, a dit Veerle Wauters de la N-VA,  augmentera immanquablement la facture de certains citoyens, comme les pensionnés. Il faudra donc trouver un autre mécanisme pour gommer cette hausse de la fiscalité. »
C’est pourquoi la rue de la Loi bruisse sans cesse de rumeurs: introduire un nouveau taux (8%), aménager des glissements socialement acceptables (luxe de 21% a 22% mais déductions pour des produits basiques pour les plus démunis?-
Taxer les comportements polluants pour modifier les comportements? Dès lors que De Wever n’entend pas toucher à ce scandale très belge que sont les voitures de société,  bye bye . On se contentera donc -c’est une quasi certitude- d’accises sur le diesel..
Et comme, de toute manière, les compétences d’environnement sont plutôt régionalisées, la marge de manoeuvre  est, là aussi, forcément réduite.
Le patrimoine? Le précompte mobilier? La taxation du capital? Même opposition de la N-VA et des libéraux flamands.  Oh, De Wever serait bien disposé à céder de quoi faire illusion, genre « taxe- Caïman controversée  sur les diamantaires » mais certainement pas un grand trophée de gauche.
Ici, aussi, vu l’état des tabous, marge de manoeuvre faiblarde.
« Lorsqu'on recense les jalons des différents partis, dit l’économiste Bruno Colmant,  on en résume la surface à un territoire millimétrique : pas d'impôt sur le capital, ni sur les plus-values, ni sur l'immobilier, ni les voitures de sociétés. Pas question non plus d'augmenter la dernière tranche d'imposition marginale qui serait pourtant la seule manière d'augmenter le minimum non
 imposable. .»
Bizarre comme constat,  au moment ou le  directeur  du Centre  de  politique  fiscale  de  l’OCDE n’y va pas de main morte lorsqu'il  pointe la  « situation  aberrante  de  la  Belgique:  le  capital  n'y est pas taxé, tandis que le travail y est surtaxé ».
Le Premier Ministre y est encore allé d’une déclaration optimiste de plus: « Nous prévoyons un accord pour l’été avec trois  sources  de  revenus  qui permettraient  de  faire  baisser  l'impôt  sur  le  travail: la consommation, l'environnement et les revenus du capital. Le gouvernement ne sera pas déstabilisé ou divisé:  il est déterminé à réussir’. Olé.


CD&V et OVLD n’aideront pas la N-VA


La pièce se jouera en tout essentiellement entre partis du Nord, même si on connaît la créativité dont peut faire preuve, en conclave, un Didier Reynders, qui n’oublie jamais qu’il fut ministre des Finances. Contrairement  à ce qu’on pense souvent du côté francophone, c’est la N-VA qui pourrait aller le plus loin dans la conciliation pour dégager un consensus. Mine de rien, elle a plein de pistes diverses en stock.
  Si OpenVLD et N-VA se trouvent idéologiquement assez proches  l'un de l'autre (centre-droit) pour ce qui est du « tax shift », on peut cependant penser que ce seront probablement CD&V et VLD qui se trouveront. Pourquoi? Ben,  parce qu'ils veulent tout les deux éviter que la fameuse force du changement de Bart De Wever  (De kracht van de verandering) ne se matérialise par trop.
 Ne pas perdre de vue que si le CD&V s’est allié avec la N-VA dans ce gouvernement #suédois c’est non seulement parce qu’il était un brin fatigué du PS, mais aussi parce que Wouter Beke espère toujours arriver à étouffer un jour la N-VA.
De plus, CD&V et VLD, qui savent que le grand  virage socio-éco de De Wever vise leurs électeurs, auront peut-être comme une légère envie de neutraliser la N-VA dans ce débat.Tant pour des raisons économiques que politiques-le « goodwill » ne sera pas automatiquement présent- le « tax shift » à venir a donc toutes les chances d’être plutôt modeste.
Mais, pour la N-VA, l’opération, pourrait  s’étaler sur plusieurs années. Avec l’hypothèse d’un « coup à jouer » juste avant les élections de 2019.
Quant au CD&V, le timing est pour lui plus important que le contenu. Le CD&V veut tout bonnement avoir un trophée à agiter devant le Mouvement Ouvrier Chrétien. Pouvoir afficher qu’il a obtenu un trophée avant cet événement pas mince que sera la nouvelle Manifestation Nationale du Front Commun prévue pour le 7 octobre, bougie rouge-verte-bleue pour l’anniv ‘ du gouvernement Michel.
Il faut en tout cas attentivement surveiller les faits et gestes de Kris Peeters, qui entend d’évidence  gagner la « bataille de la perception » dans un gouvernement positionné très au centre-droit.
Kris Peeters, même s’il vit mieux d’être relégué à un  second rôle, n’a pas renoncé à ses ambitions de Premier Ministre.  L’image du  visage social qui a tenu tête à la N-VA, c’est vraiment pas un mauvais profil à présenter aux électeurs de 2019.


Michel HENRION.