Raser gratis ? Cette expression viendrait d'un barbier qui avait placé jadis une pancarte proclamant ladite formule…Mais notre artisan, tout aussi fûté que près de ses sous, l'y laissait tous les jours. Par conséquent, le naïf qui, le lendemain du jour où il avait vu la pancarte pub, venait se faire raser ou couper les cheveux et qui s'étonnait de devoir quand même payer, s'entendait répondre : "Oui, mais il y a écrit que c'est demain que c'est gratuit !". Aujourd’hui encore, notamment en politique, les promesses des personnalités en vue n'engagent que ceux qui les écoutent sans faire appel à leur libre-examen…Ce n’est pas le cas ici. Où on s'efforce plutôt de manier le mot à couper la langue de bois .

mercredi 4 juin 2014

Les petits partis vont-ils forcer les grands à ratisser moins large? (MBelgique du 16/05/14)




Nos partis traditionnels, qui jouent depuis lurette à se positionner tous au centre chou-vert et vert-flou- histoire de ne prendre aucun risque vis à vis de l’électorat flottant- seront-ils poussés, sous l’influence d’un succès électoral des petites listes, à enfin se reprofiler de manière plus nette? A ratisser moins large?
Ce qui est sans hésitation une vitalité de la démocratie, de par l’apport parfois d’idées nouvelles, serait aussi alors un acquis de clarté politique.
Première lapalissade: avant de devenir un grand parti, on est forcément d’abord petit. Le café du commerce, qui postule que “voter ne sert à rien puisque jamais rien ne change” a la mémoire courte. En 2003, la N-VA s’adjugeait à peine 3,06%  et un seul malheureux député: sept ans à peine plus tard, c’était le premier parti de Flandre et du pays. En 1978, Ecolo a démarré sous les ricanements avec 32.330 maigres voix et 0,58%, nul se doutant que l’environnement s’imposerait subitement aux programmes de tous les partis traditionnels.
Seconde lapalissade: si des partis restent petits, c’est parce qu’ils ne trouvent pas d’électeurs. La petite histoire électorale de Belgique est truffée de noms de formations naissantes, souvent très idéologiques, et dont les promoteurs y croyaient pourtant dur comme fer. Et ce ne sont pas les moyens financiers qui y changent grand chose: Roland Duchatelet, le proprio du Standard et promoteur du parti Vivant et de son salaire universel, s’y est notamment cassé les dents.  C’est que, léger détail, il ne suffit pas d’imprimer des affiches: il faut aussi susciter l’adhésion de l’électeur. Sur base de valeurs, idéalement d’une aspiration politique nouvelle. Ce qui, si l’alchimie se produit, finira par contourner les chicanes (le seuil électoral de 5%) placées par les partis déjà installés, qui n’aiment d’évidence guère partager le pouvoir… Ecolo-Groen, qui a résisté aux copiés-collés des formations classiques et surtout la N-VA, qui a su capter le “grondstroom” de la Flandre, en sont la démonstration.
L’histoire des partis n’est nullement inamovible: en 1971, porté par le courant très profond du besoin d’autonomie wallonne et du fédéralisme naissant, un nouveau parti - le Rassemblement Wallon- décrocha d’un coup 20% des voix et 14 sièges à son premier scrutin (le FDF-RW totalisa un temps 24 sièges à la Chambre) avant de s’effondrer au fil des années, des sécessions et des divergences stratégiques.
Le vote d’adhésion, le “vote pour” un parti émergent nécessite un projet fort et des idées nouvelles: a contrario, ceux-ci peuvent parfois prospérer en se nourrissant d’un “vote contre”. Ce fut le cas jadis d’un parti poujadiste-populiste, l’UDRT, qui obtint jusqu’à 3 députés sur base de la colère fiscale de travailleurs indépendants. C’est le “vote exutoire”: l’électeur entend exprimer avant tout une insatisfaction. Il rejette soudain son parti d’antan pour lui “donner une leçon”, faire pression pour le ramener dans le droit chemin. Si la droite n’est plus assez à droite à son gré, si la gauche n’est plus assez à gauche à son goût. Défaut du phénomène: le succès n’y repose pas sur une base réelle. Une majorité des électeurs que les sondages prêtent au PTB ignorerait ainsi qu’il s’agit d’un parti communiste, ce qui n’a rien de rédhibitoire en soi, mais n’est pas qu’un détail.
Tout cela n’est d’ailleurs qu’une part de l’explication: la société mue, les réseaux sociaux modifient profondément la donne du débat, l’électeur fait du zapping électoral… Ce qui se passe aux Pays-Bas est illustratif de la tendance: le paysage s’y fragmente tant qu’il est allé jusqu’à donner 2 sièges au “Parti des Animaux”. Une évolution qui pourrait d’ailleurs bien gagner la Flandre si la N-VA venait un jour à s’effondrer: au Nord, c’est d’ailleurs déjà plus segmenté (9 formations décrocheraient un siège au Parlement flamand) qu’au Sud.
Nul ne s’étonnerait, demain, d’y voir apparaître un parti Euro-critique (ce que la N-VA n’est pas); ou un Parti animalier rivalisant avec les écolos de Groen: ou un Parti Pirate plus structuré; ou même un parti plus libéral concurrençant l’OpenVLD… De toute façon, autant de votes démocratiques si le “petit ou micro-parti” choisi est lui-même démocrate. De quoi peut-être aussi mettre de la vie dans les assemblées parlementaires, devenues par trop souvent ronron et presse-bouton.

Michel HENRION


En Flandre, une surprise verte ? (chronique de M Belgique du 9/05/14)



En Flandre, une surprise verte?
 Les élections peuvent parfois se révéler des machines infernales pour les partis au pouvoir, pour les politologues par trop oracles, les experts trop gonflés de leurs analyses académiques ou de leur importance. C’est que le corps électoral sait parfois , par le vote qu’il a entre les mains, déstabiliser les plans de campagne supposés les mieux pliés. Un des plus beaux cas de figure est la chute en 2007, contre toutes attentes sondagières, de l’Open VLD de Verhofstadt, soudain ramené à 790.000 voix contre plus d’un million de suffrages quatre ans auparavant…
On ne cesse de photographier, chez les francophones, l’attirance vers les communistes du PTB ou la droite extrême du PP.
On a moins relevé, au Nord, la montée discrète des écolos flamands de Groen qui- malgré une campagne sans grand génie, sans vraie stratégie pour se muer en formation de gauche ambitieuse- pourraient cependant créer une surprise en Flandre le 25 mai. Et Groen devenir peut-être le troisième parti flamand, devant même les socialistes en méforme du SPa. Ce qui serait un événement marquant.
Il se dit souvent qu’Anvers est, en quelque sorte, la “boule de cristal”, le laboratoire électoral de la Flandre. Que ce qui s’y passe politiquement laisse présager l’évolution qui percolera ensuite dans la Flandre toute entière.
C’est, de fait, là qu’a d’abord germé le Vlaamse Blok-Belang avant  de contaminer la Flandre entière et, désormais, de s’y effondrer.
C’est là qu’est né le PVDA (appellation du PTB unitariste au Nord), aujourd’hui au pouvoir dans le district de Borgerhout. C’est là que l’OpenVLD, même avec Maggie, est déjà quasi insignifiant.  Et c’est évidemment dans la Métropole que Bart De Wever est devenu bourgmestre.
Dans un récent sondage de la Gazet van Antwerpen/Profacts, passé inaperçu au Sud parce que scrutant uniquement la province d’Anvers, la tendance est claire, au delà de la marge d’erreur. Groen, qui se trainait depuis lurette à 7% et des poussières, bondit désormais à 13%, devant les socialistes de Tobback Junior.
C’est, en quelque sorte, un phénomène comparable à la N-VA, dont la crédibilité lui permet de s’adjuger les “déçus droitiers” du CD&V, de l’Open VLD et, bien entendu, du Belang. Le parti de Wouter van Besien est, à l’instar de la N-VA, tout à la fois anti-système et dans le système (appui à la réforme de l’Etat)
Groen, c’est la formation qui peut attirer les jeunes mais aussi les déçus de la gauche traditionnelle, un peu à l’instar des communistes du PTB au Sud. Wouter van Besien, le président des Verts flamands, vise aussi systématiquement les électeurs désenchantés proches du Mouvement Ouvrier chrétien, ceux qui ne se retrouvent pas forcément dans la ligne de Kris Peeters.  Mais ce ne sera jamais une razzia: la proximité entre syndicalistes chrétiens et CD&V est une tradition solide (Koen Geens, actuel ministre des Finances, était auparavant l’avocat de l’ACW chrétien) et le CD&V devra juste veiller à “gauchir” un brin son discours.
De là à penser qu’une tripartite (CD&V, OpenVLD, SPa élargie aux Verts de Groen portés à plus de 10%) pourrait mettre la N-VA dans l’opposition au Parlement flamand, il y a loin de la coupe aux lèvres. C’est que, sur plein de dossiers purement flamands (la liaison Oosterweel, ce projet qui doit boucler le ring périphérique anversois ou la réforme de l’enseignement) les écologistes de Groen ont pris des positions diamétralement opposées aux autres partis du Nord.
Si la N-VA atteint les 30%, ce qui devrait être les cas sauf gaffe mémorable, on ne voit pas ce qui l’empêcherait donc d’être à nouveau au pouvoir en Flandre. Avec juste une forte question subsidiaire: s’adjugera-t-elle ou non la Ministre-Présidence qui plait tant au CD&V Kris Peeters?

Michel HENRION.

mercredi 7 mai 2014

L'ELECTION-MERE DE TOUS LES FLOUS (chronique parue dans M Belgique)

Ca a commencé par une décision aux motivations politiciennes plus ou moins nettes: faire, cette fois, délibérément coincider les scrutins fédéraux, régionaux et européens.
Résultat: à deux encablures de la “mère de toutes les élections”, l’électeur se mélange pour le moins les pinceaux et ne différencie que fort mal les enjeux européens, fédéraux, régionaux ou communautaires entre tous ces niveaux de pouvoirs.
Largement flouté, voire escamoté, le débat vital sur l’Europe et ce "29ème État membre peuplé de tous ceux qui sont sans emploi". (selon la formule forte de J-C Juncker)
Largement flouté, voire honteusement minimisé, le débat tout aussi crucial sur les futurs Gouvernements régionaux d’après la sixième réforme de l’Etat.  Qui dira à l’électeur que les entités fédérées, qui ne comptaient que pour une dizaine de pour cent dans les années 80, pèseront désormais pour 70%, y compris des compétences de sécurité sociale?  Qui rend cela un poil perceptible ? Explique à l’électeur que, puisque le financement d’une région sera aussi lié à des recettes, on pourra juger directement de l’efficacité d’une politique régionale à ses conséquences?
C’est le flou trompeur: comme si le thème de la réforme fiscale, pour important qu’il soit, était le seul qui importait dans cette campagne électorale. Comme si, dans le fond, on ne votait que pour le fédéral, les autres élections étant considérées comme un brin accessoires.
La personnalité du Premier Ministre n’y est pas pour rien: Elio Di Rupo a comme trait de caractère de magnifier toujours le niveau de pouvoir ou il se médiapolitise. Ministre-Président wallon, il arborait le coq de Paulus; Premier Ministre attentif du Roi Philippe, il épingle tout aussi imperturbablement son pin’s aux couleurs nationales.
Mais, autre flou encore, le voici quelque peu perdu, mal à l’aise, ne sachant trop bien dans ses prestations floues de campagne, s’il doit se comporter en Premier Ministre ou en président toujours en titre du PS. Les deux développant de concert un kriegspiel on ne peut plus flou: diaboliser la N-VA jusqu’à dépasser la mesure et friser parfois l’absurde puisque, dans ce pays désormais encore bien plus fédéralisé par la 6ème réforme du Gouvernement Papillon, aucun wallon ne peut voter pour la N-VA. Qui n’a, à tout le moins, rien à dire en Wallonie et, jusqu’à nouvel ordre, en Région bruxelloise.
Les nostalgiques de la Belgique de papa avaient pour habitude d’estimer que les conflits communautaires détournaient la population des “vrais problèmes”: cette fois, le stratégique bashing anti-N-VA empêche quelque part les francophones et les wallons de se pencher sur les nouveaux enjeux qui les concernent très directement dans leur bien-être. Flou et dangereux paravent.
Flou toujours lorsque le Premier Ministre refuse –pour des raisons stratégiques qui lui appartiennent- un débat  avec la N-VA, seul parti à représenter clairement une forte opposition au fédéral, mais l’accepte avec Didier Reynders, son propre…Vice-Premier Ministre MR. Allez vous y retrouver comme électeur lambda.
Flou encore lorsque les slogans des partis, à force de viser tous le centre, à force  d’aligner des mots mous, creux et génériques (“ensemble”, “avenir”, “changement”,  etc…) deviennent carrément interchangeables, ne marquant plus en rien l’électeur.
Flou et inquiétudes lorsque les répondants des sondages d’intentions de vote ne répondent plus ce qu’ils pensent mais ce qu’ils croient que l’ensemble de leurs voisins pensent.
Les “baromètres” médiapolitiques ne mesurent plus le temps qu’il fera: c’est plutôt le temps qu’il a fait, au mieux le temps qu’il fait.
Retenez bien ceci: en Flandre, entre 18 et 24 ans, six électeurs sur dix ne se décideraient que la veille du scrutin!
En fonction d’une impression, d’un fait du jour, bref, d’un truc de dernière minute.
A force de multiplier les flous, on risque fort, le soir du 25 mai, d’être clairement surpris.

Michel HENRION

Les trois clés qui font que socialistes et libéraux se détestent ou s’aiment (ah, la nostalgie Verhofstadt…)

 
Il est un trousseau de trois clés à toujours avoir à l’esprit pour décrypter toute “campagne électorale”, ce vocabulaire que la politique a emprunté à l’art de la guerre.
A savoir que la Belgique a cette particularité d’être traversée par un triple clivage: le classique gauche-droite, le tout aussi classique laïcs-catholiques et le plus particulier francophones contre flamands. Trois oppositions qui ne cessent de se croiser, de se mélanger, de s’entrelacer selon les thèmes politiques aiguisés du moment.
Contrairement à d’autres pays - système électoral proportionnel aidant- nos frontières politiques y sont donc floues, les connivences parfois surprenantes.
Ce qui explique que socialistes et libéraux soient tantôt ennemis, tantôt meilleurs amis du monde.
A l’heure ou ces maîtres en images électorales que sont PS et MR s’étripent avec soin, dans une mise en scène télécolorée selon toutes les règles de l’art, ceux-ci savent pertinemment  que leurs éclats n’accrocheront guère la mémoire de l’électeur.
Qui a, pourtant, parfois, le culte du souvenir.
Ainsi, à chaque sondage de popularité, wallons et bruxellois affichent-ils imperturbablement et très étrangement leur souvenir quasi culte de Guy Verhofstadt.
Et de ses huit années comme Premier Ministre dans ses deux premiers gouvernements, un “arc-en-ciel” (libéraux, socialistes et écologistes) et un “violacé” (libéraux, socialistes avec un zeste du minuscule parti Spirit)

Baby Thatcher : le grand projet, avec… les socialistes

Pourquoi cette étrange nostalgie pour une alliance socialistes-libéraux presque inhabituelle dans l’histoire du pays? (on ne recense comme autre exemple que les gouvernements d’Achille Van Acker et de Camille Huysmans dans l’immédiat après la seconde guerre mondiale, avec d’ailleurs aussi des ministres communistes) 
Parce que Guy Verhofstadt, l’ex dogmatique Baby Thatcher –qui a commencé sa carrière politique en étant nettement tout aussi ingérable que la N-VA et bien plus à droite qu’un Bart De Wever- est aussi un homme de grands projets.
Et que lui est venu un jour à l’esprit l’idée d’une révolution politique à la belge: celle de renvoyer dans l’opposition l’ Etat-CVP et l’ensemble des sociaux-chrétiens, présents au pouvoir- parfois en majorité absolue- depuis la nuit des temps, entendez la révolutionnaire Muette de Portici de 1830.
Son grand dessein échoua une première fois (les socialistes flamands réclamaient bêtement le 16 pour l’un des leurs) mais aboutit enfin en 1999, lançant un gouvernement libéral-socialiste-écolo qui, par ses formidables avancées sur le plan de l’éthique (loi de 2002 sur l'euthanasie; loi de 2003 qui fait alors de la Belgique le deuxième pays au monde -après les Pays-Bas- à reconnaître le mariage homosexuel, droits des LBGT, etc…)
C’est important à souligner, car c’est une illustration récente de ces périodes ou libéraux et socialistes se rapprochent parce qu’ils sont anticléricaux (jadis) ou simplement défendent des valeurs laïques, de progrès face aux lobbiesd’influence catholique.(en ce sens, on ne voit guère de différence entre PSC et le CDH qui, malgré une mue un temps intéressante, n’a pas réussi à s’ouvrir philosophiquement comme les libéraux le firent, avec succès, en d’autres temps)
C’est une des clés évoquées en début d’article: Verhofstadt  a gouverné sur l’axe d’opposition laïcs-catholiques, allant jusqu’à obliger le CD&V à se carteliser naïvement avec la N-VA pour se refaire…
A certains moments de l’histoire, face aux lobbies cathos, les libéraux et les  socialistes se rejoignent. Parfois, c’est loin (la lutte pour le suffrage universel ou le Congrès wallon de 1913, qui fixa le drapeau wallon et institua une Assemblée wallonne avec le concours d'un très grand nombre, sinon de quasi tous les parlementaires socialistes et libéraux) parfois c’est encore très présent dans la mémoire familiale collective.
Ainsi lors de la “Question Royale”, de 1944 à 1950 et bien au delà ; où lors de la Guerre Scolaire, libéraux et socialistes se sont longuement retrouvés alliés. (de 1954 à 1958, un gouvernement au “laïcisme très prononcé” (socialistes et Libéraux), présidé par Achille Van Acker, avait succédé à un gouvernement PSC homogène au “cléricalisme très marqué”)

Le symbole d’une trahison par la fiscalité
On notera que, contrairement à l’homme de la rue francophone,  le Nord du pays ne partage pas cette même nostalgie de l’époque Verhofstadt.
En Flandre, l’ex-Premier est devenu le symbole d’une fiscalité galopante, bien que sa grande époque ait été marquée par des circonstances économiques somme toute favorables.
C’est tout à fait étonnant et permet d’ailleurs de mieux comprendre l’actuelle envolée de la N-VA.
Bien avant De Wever, le libéral de Gand avait su, lui, aussi capter le “grondstroom” flamand (les forces souterraines de la Flandre). Le hic, c’est qu’il n’a rien consolidé, que tout s’est évaporé, qu’il a joyeusement liquidé le patrimoine de d’Etat et tous les efforts budgétaires d’avant son règne…
Fortes avancées éthiques top,  mais sur son “core business” flamand, entendez l’économique, le flop. Bref, pour l’électeur flamand- qui parfois en arrive même à le mépriser - Verhofstadt a trahi et s’est surtout trahi lui-même.  Et la N-VA ne fait, somme toute, aujourd’hui, que promettre de réaliser ce que l’ex grand-homme de l’OpenVLD n’a pu ou voulu réaliser.
Elio Di Rupo, qui fut l'un des principaux négociateurs des accords de ce gouvernement « arc-en-ciel » dirigé par le libéral flamand Guy Verhofstadt, a d’ailleurs un point commun aujourd’hui avec le libéral flamand.
Tout comme Di Rupo, qui se proclame porte-parole du modèle de société belge  et dit sans cesse pis que pendre des confédéralistes mais n’ose pas le débat avec Bart De Wever, Guy Verhofstadt se profile comme un grand homme d’Etat européen, quasi un visionnaire, mais refuse toute forme de débat, ni avec De Wever, ni même avec de simples eurosceptiques (ainsi Thierry Baudet, polémiste universitaire bien connu aux  Pays-Bas, qui s’oppose à l’Europ élitiste)

MR et PS, tantôt régionalistes, tantôt unitaristes…

Les trois clivages, disions-nous, n’arrêtent pas de s’entrelacer: pour ce qui du communautaire, de la conception de la Belgique fédéralisée,  libéraux et socialistes ont ainsi chacun leurs périodes plutôt unitaristes ou plutôt régionalistes. Au Nord, l’OpenVLD de Gwendolyn Rutten  croit aujourd’hui, face à la N-VA, trouver son salut dans l’abandon du confédéralisme: c’est un pari hardi puisque le CD&V le conserve prudemment en l’assortissant d’un mot rassurant: “confédéralisme positif”.
En Wallonie, après l’usure de l’unitariste PLP, de nouveaux acteurs sont apparus, notamment le Rassemblement Wallon  ou le virage du syndicat chrétien, lui-même un temps assez wallon. L’ancien président libéral André Damseaux fut lui-même un wallon plus convaincu qu’on ne le pense et, lors de l’éclatement de feu le Rassemblement wallon, ceux qui rallièrent les libéraux finirent par y prendre le pouvoir, Jean Gol en tête. A la Région wallonne, le très régionaliste Guy Spitaels fit alliance avec le CDH du wallon Gerard Deprez, de 1992 à 1994. Mais, de 1999 à 2004, le MR Serge Kubla apparut comme un wallon convaincu. Mais fut évincé par le retour-surprise d’une alliance régionale PS-CDH.

Le PS 2014: bien plus éloigné du MR que par le passé…

Oui, on sait: tout cela est fort complexe. Et c’est volontaire d’aligner, ici, tous ces rebondissements à s’y perdre. On veut démontrer par ceci, ami lecteur de MBelgique, que les trois clés secrètes de la politique belge font sans cesse évoluer les alliances dans tous les sens.
Il est vrai que, contrairement à ceux des scrutins de 2007 et de 2010, le programme électoral du PS de 2014 est bien plus divergent de celui des libéraux : mais il ne faut pas s’y tromper, ce virage d’aile vise avant tout à contrecarrer la grande peur qu’est la brusque émergence des marxistes-léninistes du PTB.
Qui, tensions PS-FGTB aidant, surfent sur la conversion à l’économie de marché des partis socialistes ou sociaux-démocrates, et ce partout en Europe de manière plus ou moins recentrée.
Louis Michel, jadis, pour le MR, a marqué bien des points avec son malin “libéralisme social”  que Didier Reynders rangea quelque peu au grenier des idées libérales.
Mais les conversions européenne des partis socialistes en Europe , qui acceptent peu ou prou l’économie de marché, ne signifie pas forcément l’acceptation d’une société de marché, celle-ci ne produisant, selon les leaders du PS, ni vraie valeur ni sens…
Cela peut se débattre à l’infini, mais on voit bien que les socialistes du Nord  ne sont souvent pas horriblement éloignés de l’OpenVLD.
On l’a vu récemment lors du vote de la saga des noms de famille: l’alliance, au Parlement, fut violette. On le voit dans plein d’autres dossiers très agités en Flandre (contournement d’Anvers, compétitivité…) ou les alliances qui se forment sont souvent libérales-socialitstes contre l’axe CD&V-N-VA.

Relations humaines et parole donnée

Il est une  autre règle essentielle en politique: les partis sont accros au pouvoir.  A l’instar du MR et du PS, la libérale flamande Gwendolyn Rutten fera évidemment tout, et encore plus, pour participer au pouvoir régional et fédéral.
Le seul hic dans tout ça, ce sont les relations humaines.  Ce n’est un secret pour personne qu’un Louis Michel , même dix ans passés, est toujours bouleversé, troublé par le fait qu’Elio di Rupo, président d’un PS plus belgicain, n’avait pas respecté sa parole et les accords de 2004 qui devaient voir MR et PS gérer de concert la Région wallonne (Di Rupo argua, un brin laconiquement, qu’il avait été mis en minorité à son Bureau politique).
C’est ce genre d’épisodes qui laissent parfois des traces psy lourdes: et qui font que, le soir de chaque scrutin, seul le nombre de sièges est une assurance tous-risques pour un grand parti.
S’ils sont suffisants, d’autres critères entrent alors en compte: comme le fait que, curieusement, les coalitions PS-MR dans les entités fédérées se déroulent de manière parfois moins heurtées que sous des alliances progressistes plus larges et plus sujettes à remous.
La politique  est un art qui conjugue de la guerre, du spectacle, de la communication et de la réconciliation parfois suprenante.
La raison d’être de la droite, c’est bien sûr de mener contre la gauche une guerre éternelle. La raison d’être de la gauche c’est de mener contre la droite une guerre sans fin.
Mais en Belgique, entre libéraux et socialistes, tiens, on ne sait jamais.

Michel HENRION



dimanche 13 avril 2014

UNE CAMPAGNE PEU VOILEE PAR L’ISLAM: L’EFFET MAGGIE ?

 
C’est un phénomène assurément très fragile. Mais à la veille de la “mère de toutes les élections”, cette campagne semble échapper jusqu’ici aux polémiques électoralement racoleuses agitant l’islam et le voile.
Sans doute une part de l’explication vient-elle du Nord.
D’une part, de par l’attitude plus ouverte de certains partis (les socialistes flamands ont opté officiellement en congrès pour le port du foulard dans les administrations publiques, avec leur fief de Gand pour modèle). D’autre part, parce que -et ça, cela vaut pour l’ensemble du pays- la ligne dure de Maggie De Block, fut-elle si controversée (on pense aux réfugiés afghans ou aux ressortissants européens virés du territoire), ne manque pas d’influer subliminalement sur les esprits.
La folle ascension du Vlaamse Blok devenue Belang s’était appuyée, au Nord, sur ce sentiment qu’islam et immigration étaient des menaces pour nombre de flamands.
Les partis traditionnels ont ignoré cette inquiétude de leurs électeurs, donnant un boulevard aux fascistes du VB.
Aujourd’hui, à tort ou à raison, avec l’inflexible Maggie De Block, le gouvernement donne pour la première fois le sentiment, à tout le moins la perception qu’on gère la politique de l’immigration. Elio Di Rupo, malgré les critiques de son camp – d’aucuns, au PS, estiment qu’on a honteusement jeté bas des années de combat progressiste- ne manque pas une ocassion de se faire voir aux côtés de Maggie, inventant même une séquence ad hoc pour son “Sans Chichis”-RTBF.
Bref, une com’ qui vise faire croire que les préoccupations de l’électeur irrité par l’immigration sont rencontrées. Même si c’est en partie un large bluff, que nombre d’ordre de quitter le territoire sont là pour faire joli, que plein d’immigrants disparaissent simplement dans la nature et que la supposée brillante politique de Maggie De Block annonce, à terme, la nécessité à terme d’une nouvelle grande régularisation générale…
Autre facteur: le rôle de la N-VA, depuis 2010 premier parti de Flandre et et du pays.  Et le seul à oser se profiler clairement sur ces sujets (immigration, opposition au voile dans les services publics),  jusqu’ici purs monopoles du Belang.
Bart de Wever, dont le Belang actuel est le meilleur ennemil’a contré en force, dénonçant les “phobies islamistes et racistes des fascistes du Belang.” C’est la particularité de la N-VA en Europe parmi les partis nationalistes et populistes: elle n’est pas xénophobe. Ses positions sont très dures, avec pour clé de voûte l’intégration à tout prix, mais elle offre ainsi à l’électeur une alternative réaliste et non-raciste.  Sauf pour l’électeur d’extrème-droite, les raisons logiques de voter pour le Belang sont  devenues rares. (le parti d’Annemans est sous les 10% dans les sondages pour les fédérales et régionales: seul son côté parti anti-européen reste un solide atout)
Ce qui vient de se passer aux Pays Bas ne manque pas d’intérêt: Geert Wilders, le leader xénophobe du PVV, après avoir gagné les élections communales, a tenu les propos de trop (“Faire la chasse aux marocains”)  qui ont provoqué illico la déglingue de son parti et une explosion d’indignation civile . Résultat: Wilders est en train de rendre son parti infréquentable.
Oh, on peut bien sûr s’attendre , d’ici le 25 mai, à quelques remous: la droite extrème de Mischael Modrikamen tordra une fois de plus les chiffres pour remuer les plus bas instincts populistes; sans doute Alain Destexhe, pour le MR, tentera-t-il de relooker une fois de plus son fonds de commerce électoral (mais Didier Reynders, ministre des Affaires Etrangères et candidat Ministre-Président bruxellois sera assurément, lui, bien plus réaliste et prudent sur ce thème). Quant au parti Islam, sous influence chiite mais remis de son kidnapping par Laurent Louis dans une folle péripétie politique, il tentera à nouveau de cacher “qu’il entend faire de la Belgique un Etat islamique s’appuyant sur le Coran”. Comme son astucieux nom très fédérateur (Islam) lui a valu, en 2012, des résultats pas minces (4% à Anderlecht et Molenbeek) ce sont ces agitateurs-là, ceux qui ne serrent pas la main des femmes,  qui peuvent surtout relancer un climat de tension.
Le travail de compréhension de l’autre est de longue haleine: pour une fois cette campagne ne pue pas trop du bec.

Michel HENRION.

vendredi 4 avril 2014

Grand Débat: les bons et mauvais points com’ de Magnette et De Wever

C’est la formule qui s’impose: donc, le Grand Débat Paul Magnette-De Wever, aurait été “équilibré”. Certes, on peut y souscrire. Mais les poids mis sur chaque plateau de la balance ne sont pas forcément identiques… Brève tentative d’analyse vite faite après avoir revu l’intégralité du débat L'Echo-De Tijd (que d’aucuns, emportés par leurs passions ou leur militantisme, commentent sans l’avoir même visionné).
-  C’est, en fait,  la première fois que Paul Magnette est apparu comme vraiment président du PS (excellent pour lui en interne de son parti).
Extrèmement bien préparé- avec une telle artillerie d’éléments de langage qu’elle cassait parfois un naturel volontairement (et faussement) détendu- il l’a sans doute emporté au final pour ce qui est de la
forme. (première mi-temps très performante, moins maîtrisée en seconde partie)
Nourri de statistiques, y compris de la FEB,  Paul Magnette ne s’est cependant pas résolu, dans sa stratégie, à attaquer De Wever sur le “fond” de la N-VA. Juste une prise de distance (“des discours de café du commerce”) restant, somme toute, à la surface de ce qu’est le parti nationaliste.
-Pour ce qui est des faits, avantage plutôt à De Wever, fidèle à sa traditionnelle stratégie de com’: l’idéologie est mise en retrait,  en donnant toujours le sentiment, à tort ou à raison, que ce qu’il propose n’est d’évidence que pure logique. (les “économies-fantôme” du gouvernement Di Rupo, les prépensions, etc…)
-Bart De Wever avait opté pour une stratégie assez claire: pas de tentative, cette fois, de mettre l’adversaire au tapis par un “knock out rhétorique” mais une très forte préparation sur le fond.
Pour ce faire, De Wever a rationalisé; certes à sa manière, mais avec des faits (dépenses de santé, différence de 25% du coût du travail avec l’Allemagne, pression fiscale, 12.000 faillites…), des chiffres, ces derniers étant  jugés souvent bien plus importants au Nord qu’en culture francophone.
Et là, Paul Magnette n’a pas toujours pu démontrer qu’il n’y avait pas, de fait, de nécessité de changement (le “verandering” N-VA).  Ce n’est que sur le chapitre des hauts revenus que le président ff du PS a pu marquer des points et montrer que ses propositions n’étaient pas utopiques et que les
riches n’allaient pas forcément fuir le pays en courant pour autant…
-Paul Magnette croyait-il tout de même pouvoir dialoguer? Ce furent en fait comme deux aimants qui se repoussaient, Bart De Wever en faisant souvent trop dans le ton propagande électorale (ah, la citation récurrente des statuts du PS)
-Bart de Wever, autre différence, n’a pas fait que de la polarisation anti-PS wallon pour électeurs potentiels.  Il s’est aussi servi de l’occasion à grand retentissement médiatique qui lui était
donnée pour se positionner en Flandre, cassant au passage bien du sucre sur les libéraux ou les écolos du Nord.
Opportunité politique que Paul Magnette, lui, n’a pas saisie, gommant MR, PTB et autres concurrents francophones de son discours.

-La faille de  Bart De Wever? S’il a bien vendu son “modèle de société”, on ignore toujours où il ira trouver les sous pour le réaliser!  Il est vrai que la N-VA ne dévoilera son programme que ce 8 avril, mais on était d’évidence très fort dans le flou.   Est-ce réaliste, réalisable, tout ce que De Wever propose ?  L’électeur flamand n’a toujours pas d’éléments détaillés.

-La faille de Paul Magnette ? Moins maîtrisé dans la seconde partie du débat, il s’est laissé aller parfois à, mine de rien, valider involontairement les thèses confédéralistes de la N-VA, notamment pour ce qui
est de la régionalisation des boni de logement .
(c’est un passage que la VRT a d’ailleurs choisi de mettre en évidence:
http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/2.32804/MV_140403_MDW_Splitsen)
Ou, bien plus ennuyeux, lorsqu’on l’a interrogé sur la nécessité ou non de disposer d’une majorité en Flandre.
-"Ca ne nous regarde pas!” a lâché Magnette, de manière un peu trop coupante .
“C’est du “séparatisme pur sang” rétorqua aussitôt De Wever, ne loupant pas la faille, sous-entendant que les fameuses “deux démocraties” font déjà bel et bien partie mentalement de l’ordre des choses, même pour le PS  du “belge Elio Di Rupo.”
Là, le président ff du PS a d’évidence manqué d’empathie vis à vis du public flamand, donnant cette impression, touchant ce point si sensible au Nord, que les francophones veulent toujours minoriser les souhaits - bien au delà de la N-VA- de l’opinion flamande.
Il faut bien  photographier qu’il n’est pas un parti flamand qui ne va répétant sans cesse qu’il faut désormais se focaliser sur le socio économique et que l'enjeu des élections sera de répondre à la question: "Quelle grande réforme fiscale  souhaitez-vous?"
L’erreur de Magnette, président d’un PS se voulant “sauveur du pays”, relèvent des observateurs avisés au Nord,  a été  d’ouvertement envisager de faire cela sans une majorité dans la plus grande communauté du pays, sans celle qui contribue pour la plus grande partie à l'économie belge…
(“Pas de majorité pour la communauté qui exporte 80% de ce qu’exporte la Belgique ? “ s'étouffera De Wever.)
Chaque politique adapte son discours à son audience. Là, le président ff du PS a été pour le moins distrait. (le public de lecteurs du Tijd est, en outre, très sensible sur la fiscalité)

(la N-VA ne s’y est pas trompée, utilisant illico l’extraitpour sa communication: https://www.youtube.com/watch?v=SXZZtZq30Ss&t=2m29s

Une seule conclusion évidente: ce débat, fut-il équilibré par les points forts et les points faibles de chacun,  a assurément rendu encore un peu plus difficiles les négociations forcées d’après le 25 mai.

La vidéo du débat est ici: http://www.lecho.be/dossier/debat




jeudi 3 avril 2014

La "cuisine" et la "salle de restaurant" du PTB.

Le livre que Pascal Delwit vient de consacrer au PTB, c'est à dire à l'une des rares organisations marxistes-léninistes d'origine maoiste à avoir survécu à tous les bouleversements de l'histoire depuis les années '60, est l'ouvrage dont Raoul Hedebouw ou Peter Mertens  (le président du parti) se seraient assurément bien passés en cette campagne électorale. D'une part, parce que la longue fresque agitée des évolutions contradictoires et des tournants idéologiques du mouvement mené par feu Ludo Martens est extrêmement claire et documentée (d'évidence non sans mal); d'autre part et surtout parce que le politologue explique patiemment, documents ou témoignages à l'appui, pourquoi les sympathisants et même les membres du PTB -qui fonctionnent à l'indignation et à la dénonciation des injustices- "n'ont pas une vraie idée de l'identité réelle du parti ou de la voie qu'il promeut".
Les recherches de Pascal Delwit débouchent sur cette conclusion assez imparable "qu'une double ligne est désormais opératoire au PTB : la ligne interne -la "cuisine"- où, dans l'entre-soi, l'avenir du marxisme-léninisme est débattu et rêvé, et une ligne externe -la "salle de restaurant"- ou le PTB se donne à voir comme "un gentil parti social-démocrate réformateur" lors des élections. Peu de Marx, Engels ou Lénine dans le propos, encore moins de Staline ou de Mao. Il s'agit de s'adapter à la presse, de nouer même certains partenariats informels". Pour le PTB, constate Delwit, l'enjeu est de ne parler que de "sa salle de restaurant".
Sur les principes, son appartenance au mouvement communiste international, le PTB est inébranlable mais, au jour le jour, le mot d'ordre est à la souplesse.
Il y a le "quartier général révolutionnaire" en cercle clos, ("Cuba est sans doute devenu le principal référent du PTB") mais, en externe, il convient d'être beaucoup "plus souple" et ouvert. Certes, Lénine prônait déjà "la fermeté dans les principes et la souplesse dans la tactique" mais cette double facette est devenue aujourd'hui, relève Delwit, une donnée presque identitaire du PTB. Avec notamment une check-list de 30 points ("mener une politique médiatique avantageuse", mettre en avant des "personnalités reconnaissables et des porte-paroles", etc...) dont on constate en effet clairement l'application et les effets médiatiques.
Le PTB, un parti nouveau? "Le PTB , en communication, est parfois plus performant que certains partis classiques", relève Delwit. " Le parti fait un immense travail pour gommer ou effacer, notamment sur le Net, ce qui affecterait l'image de "gentil parti protestataire et anti-etablishment". Mais tout n'est pas effaçable, notamment les interrogations sur le fameux livre "Le parti de la révolution" toujours au programme de formation des cadres qui fonctionnent selon les règles d'un strict "centralisme démocratique" avec peu de goût pour le parlementarisme et la démocratie représentative.
"Le PTB, relève le politologue est d'ailleurs la seule formation politique en Belgique dont il n'est pas possible de télécharger les statuts".
"Mais si la référence à Staline et à Mao en est effectivement absente, c'est, écrit Delwit, parce que cela fait désormais partie de l'identité du parti d'avoir deux lignes et de ne pas tout mentionner à l'externe. En interne, le PTB ne cache nullement son essence marxiste-léniniste et la proclame fièrement à l'étranger et dans les séminaires communistes internationaux".
Un ouvrage décapant -et documenté- qui va assurément déclencher bien des réactions (le PTB demande à ses membres de militer abondamment sur Facebook et Twitter) mais assurément passionnant pour tout qui s'intéresse aux idéologies politiques et à la communication...


( "PTB, nouvelle gauche, vieille recette"- 382 pages- Editions Luc Pire)

vendredi 28 mars 2014

Contrôle des dépenses électorales: petits arrangements entre ennemis. (MBelgique du 14/03/2014)

A-t-on vraiment moralisé les campagnes électorales? Le lent cheminement qui a mis, depuis 1989, davantage d’éthique dans les élections a-t-il vraiment porté ses fruits? Pour ce qui est du financement des partis, assurément. L’époque ou les entreprises allaient déposer tour à tour des enveloppes dans tous les partis influents est clairement révolue. Pour ce qui est des moeurs politiques, ça se discute. Car il convient de  rappeler que l’idée de départ était on ne peut plus noble: il s’agissait de “faire en sorte -on cite- que l’électeur se prononce en faveur de l’un ou l’autre parti politique ou candidat en fonction de leur valeur et de leur projet politique et non en raison du caractère plus ou moins tapageur, voire racoleur, de la publicité qui leur est faite”. Bof, bof. D’abord parce que les partis, désormais financés par l’Etat selon le nombre de votes récoltés, ont souvent préféré engranger comme l’écureuil (histoire d’assurer leurs arrières en cas de ressac) plutôt que de dépenser leurs sous dans des campagnes de com’ intermédiaires. C’est idiot mais c’est ainsi: d’ici ce 25 mai, vous verrez toujours des partis dépenser des montants énormes jusqu’à l’absurde de la limite légale. (les 999.662€ du CD&V en 2010 sont, en soi, un poème) Au lieu de communiquer lorsque le paysage politique est libre: et que les esprits peuvent dès lors être mieux sensibilisés à la “valeur du projet” d’un parti.
Ensuite et surtout parce que toutes les Commissions parlementaires de Contrôle mises en place souffrent d’un défaut d’évidence rhédibitoire: à savoir qu’elles n’arrivent guère à vraiment sévir contre leurs pairs. On s’y tient par la barbichette jusqu’à y passer muscade. Le summum du genre étant, il y a quelques années, au Parlement fédéral, l’absence volontaire de quorum requis au moment de dénoncer des infractions au Parquet….
Fouillez dans les documents parlementaires:  hormis les rapports finaux, ils sont rares, le huis-clos étant quasi la règle. Chut: c’est entre nous.
Et donc, tant qu’à faire, il serait moins hypocrite de parler plutôt de “Commissions de Constat des Dépenses Electorales.”
On y rame surtout pour faire juste respecter les procédures de la loi. Il faut ainsi toujours des centaines de lettres  pour rappeler banalement aux partis (les petites listes, parfois un peu folklo) et candidats qu’ils doivent tous rentrer une déclaration de dépenses électorales, même si c’est zéro euro. (en 2010, 28% des partis et 16% des candidats ont carrément ignoré cette disposition légale)
Conséquence? De mineure, la triche redevient parfois insolente. Parce qu’au delà de ce climat de petits arrangements entre ennemis politiques, l’article censé menacer ceux qui violeraient la loi au triple scrutin de ce 25 mai  ne rime à rien dans la pratique. Au pire une amende ou une peine de prison excessivement théorique. Il n’y a que pour les élections communales que le législateur a opté pour une sanction atomique: la fin du mandat, le seul truc vraiment dissuasif pour un politique pro. (un bourgmestre MR de Woluwé St Pierre perdit, en son temps, son trône local pour avoir transformé son Bulletin Communal en tract pour Corée du Nord)
Il y a un énorme hiatus entre ce que risque un candidat tricheur aux élections régionales et fédérales et aux scrutins locaux.
Ainsi, il y a quatre ans, deux candidats liégeois du PS, et pas des moindres (Alain Mathot et feu Michel Daerden) avaient-ils décidé de se moquer de la loi comme de leur premier seau de colle électoral. Alors qu’une des dispositions-clés est l’interdiction absolue de s’afficher électoralement sur plus de 4m2, on vit circuler des méga-véhicules aux affiches géantes (36m2) de ces deux candidats.
C’était violer la loi jusqu’à l’os.
Pourtant, quatre ans et une nouvelle élection plus tard, on n’a vu ni entendu la moindre conséquence à ce bafouement néanderthalien délibéré de la loi. Et nul n’a eu l’idée, en quatre ans, de modifier la loi fédérale de 1989 pour y inscrire, comme pour les communales, la sanction de la déchéance du mandat.
On savait que la loi de 1989 avait déjà fort vieilli. Pire: d’aucuns se hasardent désormais à la narguer. Délibérément.

Michel HENRION

lundi 17 mars 2014

La pandémie des promesses électorales.

 
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On se pince: est-on dans un rêve éveillé? On sait bien que tout politique, au pouvoir ou en campagne, se doit de composer avec la vérité, de s’adapter aux demandes du public électoral. Mais, en ce début 2014, le constat vire farfelingue
Il n’est qu’une réalité brutale: les caisses sont vides. Nos élus sont les premiers à le savoir mais n’en continuent pas moins à nous bombarder de plans et promesses par milliards de milliards. Comme au bon vieux temps, lorsque l’Europe n’imposait pas ses controversées trajectoires budgétaires. On peut apprécier ou non Laurette Onkelinx mais force est de constater qu’elle est jusqu’ici la seule  à avoir mis les pieds dans le plat. A savoir que le prochain gouvernement- et ce quel qu’il soit- devra, selon les impératifs européens, encore d’abord nous pomper pour pas moins d’au moins…14 millards d’€ d’ici 2019. Et ce alors que pas mal de mesures prises par l’équipée Di Rupo impliquent déjà  -outre les lourds effets à retardement de la 6ème réforme de l’Etat- de solides factures (notamment les paquets de millions censés huiler les rouages du statut unique ouvrier-employés)
Ca n’empêche pas nombre de partis de multiplier les feintes-à-Jules et les  cadeaux fiscaux, très tendance ces temps-ci pour l’emballage électoral. Mais lorsque vous posez la question qui tue (“dites, puisqu’il faudra raper 14 mia d’€ qui vont faire mal, ou allez-vous dénicher les sous pour réaliser toutes ces belles promesses?”) vous n’avez droit qu’à des réponses vagues causant d’ “effet retour”, de lutte contre la fraude fiscale (sur 2000 mia de fraude débusquée, on n’en récupère en fait jamais que 10%) ou de “chasse aux gaspi”, vous savez le truc si efficace qu’il prive juste les commissariats de papier-toilette pour amuser le bon peuple...
Dommage que le droit romain ne soit plus d’application. Car celui-ci prévoyait des pénalités financières pour l’élu récalcitrant à la tenue de ses promesses, que même ses héritiers étaient tenus d’honorer. Aujourd’hui, c’est le règne de la détestable formule cynique selon laquelle “les promesses n’engagent que ceux qui y croient”. Avec comme effet pervers que l’électeur se méfie, prend de plus en plus son autonomie, se laissant tenter par le vote de rejet, celui qui vient des tripes. C’est bien connu: les électeurs veulent soit du changement, soit exprimer une opinion. C’est à dire, de nos jours, souvent du mécontentement.
Comment y voir clair?  L’autre jour, le président du MR proposait de faire factchecker les chiffres des programmes des partis par la brave Cour des Comptes. Un peu court comme comptes:  car le risque évident est alors de déboucher sur une “gestionnarisation” du débat politique. Tout ne se vaut pas et la formule la plus “low cost” n’est pas forcément la meilleure pour le citoyen.
La formule hollandaise, une des rares du genre au monde, est bien plus intelligente. Puisque la politique, c’est surtout faire de bons choix , un organisme vraiment indépendant (si,si) y calcule tous les impacts réels (économique, environnemental, etc) des idées de la dizaine de partis en lice.  Qui ont évidemment tendance à sous-estimer les coûts et à  surestimer les avantages à court terme. Ainsi, au Pays Bas, a-t-on vertement épinglé, entre les lignes, le projet fermenté de la calbombe d’un parti  de réduire, mine de rien, de 50%  la pension de retraités vivant avec trois autres adultes…
Une information vraiment fouillée et indépendante sur les programmes électoraux est de plus en plus une nécessité démocratique. A condition de dépasser la fausse logique selon laquelle tout se vaudrait. Et qu’on pourrait donc, en cette période d’austérité, couper dans tout jusqu’à, parfois, l’essentiel. Entendez cette Sécurité Sociale, qui est somme toute le dernier lien entre les belges.


Miche HENRION

dimanche 9 mars 2014

BYE, BYE, DI RUPO ? (Un Premier Ministre peu stabilisé) (chronique parue dans Marianne Belgique)


-->Le Premier Ministre a choisi définitivement sa partition politique et sa musique de campagne. L’homme, qu’on a souvent comparé à un chanteur d’opéra, répétera inlassablement –comme dans les choeurs de La Monnaie- l’élément de langage selon lequel son gouvernement a “stabilisé le pays”.
Paradoxe total: car c’est précisément une forte instabilité qui serait le meilleur -sinon le seul- atout pour que l’homme arrive à se succéder à lui-même dans un hypothétique Di Rupo 2.
C’est que l’opinion publique wallonne et bruxelloise est tellement assoupie que l’homme de la rue est souvent benoîtement persuadé que le papillon ne peut que poursuivre, quasi automatiquement, son vol politique. Le sérail, lui, sait que s’il y a bien quelque chose qui n’est pas du tout stabilisé, c’est bien Elio Di Rupo lui-même au 16 rue de la Loi.  Et les pronostics, s’ils varient selon les observateurs, donnent pour l’heure seulement de 2 à 5 chances sur 10 (les vraiment très optimistes) à Di Rupo de se succéder à lui-même cette fois pour carrément cinq ans, élément de durée pas anodin. Décryptage en dix points pour mieux comprendre l’enjeu:

1) Il est une règle élémentaire en politique: ne jamais avouer ses ambitions brûlantes. D’ailleurs, si l’on n’en a point, mieux vaut choisir illico un tout autre métier. La vérité crue est que l’ambitieux Elio- qui  risqua jadis l’exclusion du sacro-saint parti- a toujours rêvé de le conquérir, ce 16 rue de la Loi. Il n’y est pas arrivé “par hasard”, quoiqu’il en dise. Nul doute là-dessus: pas plus sur le fait qu’il fera évidemment tout, avec l’acharnement inlassable qui est le sien, pour y rester.
Ce qui est vrai, avec le recul,  c’est qu’il est déjà assez invraisemblable qu’il y soit parvenu. “Cela a été le résultat d’une situation donnée”, disait-il l’autre jour à Pascal Vrebos, faisant allusion aux 511 jours de  la folle crise d’après le scrutin de 2010. C’est on ne peut plus exact.
2) C’est aussi tout son problème. Car en Flandre, tous les partis, jusqu’à la N-VA, se focalisent désormais uniment sur le socio-économique. Ce que certains appellent, un brin pompeusement, les “années Di Rupo” sont juste considérées au Nord comme une période de crise institutionnelle et exceptionnelle désormais quasi périmée. Raisonnement basic: puisqu’on en est sorti, retour au “business as usual”.
Place à la lutte pour la compétitivité de l’industrie, qui, tiens,  est au Nord.
Et plus de bonne raison de “tolérer” un socialiste, en outre wallon, comme Premier Ministre.
3) Il faut bien photographier ceci: que la Flandre (60% des belges) va voter largement au centre-droit, d’ailleurs parfois très droit. Toutes les gauches confondues (socialistes du SPa en capilotade, écologistes de Groen, gauchos du PVDA+) ne représenteraient plus que 21% de l’ électorat flamand.
Conclusion: ce sera vachement plus difficile de faire avaler à la Flandre la seule idée qu’un socialiste wallon redevienne à nouveau locataire du Seize, là où le CD&V se sent tellement chez lui.
Tout se résume par un rire: celui qui échappa, il y a quelques mois, à une joyeuse bande de politiques flamands de haut niveau sur le plateau de la chaîne flamande Vier: “Un Di Rupo 2?” Esclaffement général, comme pour une blague de Bert Kruismans. Et hautement révélateur.

4) Oh, ce n’est pas qu’il n’y ait pas mis du sien, “Elio”, comme on dit aussi désormais en Flandre. On lui y sait gré de ses efforts pour causer un néerlandais devenu même tellement acceptable qu’il s’est risqué à apparaître dans quelques-uns de ces talk-shows télé si populaires en Flandre et qui échappent un peu à la compréhension francophone. C’est que les politiques du Nord s’en servent avant tout pour apparaître comme des “gens normaux”. Pour montrer qu’ils ont, tantôt de l’humour, tantôt de petits défauts sympa, tantôt des émotions. Le hic, c’est  que le style Di Rupo est plutôt de tout maîtriser jusqu’à l’obsession. Une mécanique faite de gestes attendus, de discours prudents ou juste répétitifs, qui produit peu de cette authenticité si recherchée par les flamands. (à RTL-TVI, parfois les mêmes réponses mot pour mot que lors de son dernier passage d’il y a un an et demi)
Certes, l’homme a déroulé inlassablement jusqu’à l’excès le storytelling de son enfance d’immigré, certes il a montré à toutes les caméras la valise-relique en carton de son papa ou (sur Vier) la charrue de son grand-père, mais c’était toujours Elio le Premier Ministre, pas Elio le bon gars qui vient de Mons. Certes, il s’est un peu dénudé (changement de chemise) pour les reportages intimistes de ”Kroost” (Vier), mais ce n’est pas pour autant une mise à nu.
On le voit au foot, mais aime-t-il vraiment le ballon rond? Il est gay assumé mais, bizarrement, il n’aime apparemment guère en parler. (Qu’est-ce qui le passionne en dehors du pouvoir? A-t-il un coeur qui bat parfois la chamade, un esprit qui chavire?)
Si fortiche en communication, Di Rupo n’a pas saisi cet angle typiquement flamand: les “bekende vlamingen” populaires (Tom Boonen, Kim Cleysters, Tia Hellebaut, Sven Nys…) se comportent  comme des people modestes. Di Rupo est resté dans sa fonction de “Monsieur Belgique”, avec une com’ parfois vite pompeuse. D’ou la réaction fréquente: mais pour qui se prend-il ce “Mandela à la belge”?  Adepte a ses heures du même style présidentiel -largement moqué par les cartoonistes du Nord pour son souci d’être vu partout- le Ministre-Président flamand Kris Peeters veille bien, lui, à compenser en joyeux divertissements parfois ras du gazon.

5)Tiens, parlons-en d’ailleurs de Kris Peeters, le “numero uno”, le George Clooney, l’ “acteur” (le mot adéquat) principal d’un CD&V qui tient largement dans ses mains le devenir d’Elio Di Rupo.
A qui, élément peu relevé, les sociaux-chrétiens n’ont pas vraiment pardonné les votes sur l’extension de l’euthanasie aux mineurs par une majorité éthique alternative (dont la N-VA). Ca laisse, mine de rien, autant de traces chez les sociaux-chrétiens que, jadis, l’octroi du droit de vote des étrangers pour les libéraux du Nord.
Et le CD&V, qui est tout sauf unanime, a du coup plein de fers au feu possibles, sur base d’un objectif principal bien établi: Kris Peeters doit rempiler comme Premier Ministre de Flandre. (là où il y aura désormais, tout comme d’ailleurs en Wallonie, 70% des compétences).
-Premier fer au feu possible: l’idée risquée et largement hasardeuse (à nouveau pas de majorité au Nord) d’une tripartite qui rejeterait la N-VA pour cinq ans partout dans l’opposition, avec l’espoir d’envoyer ainsi définitivement  ad patres Bart De Wever et ses troupes. Un cadeau que le CD&V emballerait forcément du ruban du 16 rue de la Loi: pour la révélation Koen Geens par exemple. Accessoirement, tiens, l’ex-chef de Cabinet et meilleur pote de Kris Peeters, au profil acceptable par tous les partis.
-Second fer au eu possible: Kris Peeters et Bart De Wever concrétisent leurs fleurets mouchetés de scrutin de St Valentin (les deux hommes veillent quasi amoureusement et prudemment à ne jamais s’étriper) et ledit Peeters prend la tête d’un gouvernement flamand assez parfumé au confédéralisme. Avec une sorte de Ministre-Président bis zyeutant tout depuis l’Hôtel de Ville d’Anvers sans prendre trop de responsabilités finales. (et peut-être Liesbeth Homans, l’indispensable bras droit de De Wever, en relais direct comme ministre N-VA). Une bonne question alors: quelles garanties la N-VA obtiendrait-elle d’accompagner à son tour, le jour venu, le CD&V au gouvernement fédéral? Vous savez, le truc qui prend plein de temps à se former en Belgique alors qu’un gouvernement régional, ça peut se nouer fissa (on rappelle que Kris Peeters avait déjà laissé Herman Van Rompuy se débrouiller au fédéral, bouclant sans se gêner son propre gouvernement flamand)
Bref, retenez ceci: ce qui se passera pour former le Gouvernement flamand sera caital pour déterminer qui sera au 16 rue de la Loi.

6) Le fameux élément de langage “Laissons la parole aux électeurs” est souvent une formule toute faite pour crédules. Pourtant, le 25 mai, l’avenir d’Elio Di Rupo pourrait bien être suspendu, cette fois, a peu de choses: genre à 1% ou 2% de plus ou de moins pour l’un ou l’autre parti.
Exemple: cette N-VA qui apparaît en bonne forme, comme l’évident pari perdu de l’équipe Di Rupo qui proclamait jadis “qu’on la jugerait à l’aune du recul de la
 N-VA”. Si, ce fut dit. Reste à voir si la N-VA prendra cette fois, selon l’expression anversoise, le “tram 2” (cantonnée dans la vingtaine de %) ou le “tram 3” (plus de 30% au lieu des 28,6% de 2010).
Et qu’arriverait-il si le CD&V, aujourd’hui si confiant, (finalement le seul parti flamand de la majorité à apparaître en léger mieux) se ramassait subitement une claque?
Et quid des libéraux du Nord -cible première de l’autre parti libéral qu’est la N-VA- et du Sud, avec un Didier Reynders en sérieuse embuscade. Et qui finit par user son rasoir à rêver chaque matin d’être Premier Ministre, avec, si l’ouverture se faisait, l’appui évident de son parti.
C’est l’effet-papillon: un petit malus ou bonus électoral peut avoir un formidable impact sur le choix du Premier Ministre des cinq années à venir.


7) Autre paradoxe: si Elio Di Rupo est assurément très populaire, cela ne se traduit pas en retombées positives pour le PS, dont il est pourtant toujours président en titre.
Que du contraire. De baromètre en baromètre, la température des sondages est plutôt fraîche: juste en dessous ou juste au dessus des 30%, bref loin derrière les 36% de 2010.
En interne, on y table beaucoup sur la mobilisation de campagne, un “effet Di Rupo”, pour remonter le courant électoral en dernière minute, histoire de préserver techniquement un max de sièges dans cet enjeu devenu crucial qu’est le vote pour la Chambre (ou on retrouvera désormais physiquement Bart De Wever, c’est dire).
Espoir complexe. Si le Hainaut socialiste apparaît en ordre de marche, la situation liégeoise suscite bien des insomnies au Bd de l’Empereur. Non seulement les camarades du cru se querellent-ils pour de pures raisons intrapersonnelles (les couteaux tirés allant jusqu’à retrancher des listes le ministre Jean-Pascal Labille, pourtant porteur en voix du fort réseau d’influence des mutualités…) mais encore certains d’entre eux, et pas qu’un, risquent-ils le coup de tonnerre de foudres judiciaires. Le spectre du cauchemar carolo de 2007 rode toujours: cette fois en bords de Meuse. Et il fait presque davantage peur à d’aucuns, d’ici le 25 mai,  que la grille d’analyse marxiste du botaniste ornithologue Raoul Hedebouw et de son PTBGo, si mis en avant -c’est de bonne guerre électorale- par les libéraux.
8) En fait, ce que d’aucuns redoutent, au PS, c’est ce phénomène électoral qu’on ne voit parfois même pas venir dans les Etats-Majors: celui de la “bonne claque”, celui du sympathisant traditionnel qui, pour une fois, entend donner une “bonne petite leçon” à ses élus habituels. C’est qu’au nom de la lutte contre la N-VA et, partant, du soutien aux partis flamands, les militants ont l’impression d’avoir souvent du avaler de  bien grosses couleuvres du genre “Serpents dans l’avion socialiste”. En confidence, bien des élus locaux vous confessent qu’ils ont parfois bien du mal à endiguer certaines colères. Marginalement pour ce qui est de Maggie De Block ou du sort réservé aux réfugiés afghans (les rangs du PS ne sont plus préservés des xénophobes) Mais plus massivement pour ce qui est de l’exclusion, du sort réservé aux chômeurs et cohabitants wallons, et pas que des jeunes. Vrai danger social à retardement puisque, lorsque le dernier filet de sécurité sociale se troue, c’est vers la solidarité familiale que tout le poids est reporté. Que la FGTB wallonne organise des manifestations sur le sujet à quelques semaines d’ élections cruciales, on a connu meilleur climat chez les camarades.

9) Ce n’est assurément pas par hasard si Elio Di Rupo, l’autre jour, chez Pascal Vrebos, sur RTL-TVI,  a repris le rôle du socialiste protecteur des faibles, agitant le “bouclier social” de la grande mythologie publicitaire du POB , du PSB et du PS. Il se dit que le Premier Ministre a parfois été en interrogation quant à son successeur ff, Paul Magnette, notamment lorsque celui-ci a lâché son intention de taxer les loyers; et ce à la veille d’un enjeu qui ne souffre cyniquement pas la moindre gaffe, même si l’on n’en pense pas moins.
Comme si Magnette avait perdu de vue que ce qu’une bonne partie de l’électorat du PS veut d’abord, ce n’est pas forcément qu’on s’en prenne aux riches, aux banquiers et autres nantis. Ce qu’il veut surtout, c’est qu’on aide classiquement les pensionnés, les plus démunis, les pauvres.

10) Voici donc le destin d’ Elio Di Rupo Premier Ministre suspendu à un fil noué d’inconnues. Avec deux jokers en poche:
--Sa position et ses relais lui permettront sans doute d’opter, s’il le faut, vers la voie classique du reclassement des politiques belges de quelque importance: l’Europe ou l’International.
--Quoi qu’il advienne aux élections, il est assuré de rester un temps Premier Ministre d’un pays en affaires courantes. Dont les citoyens sont déjà inondés d’insensées  promesses électorales par milliards. Comme si les politiques gommaient pour l’électeur cette cruelle réalité: les caisses sont vides.
Donc, dès le 26 mai, on prend le pari que vous entendrez le discours sur la nécessité de former un gouvernement asap (“aussi vite que possible”) pour éviter tout déraillement , tout dérapage de la situation budgétaire. De quoi augmenter un chouia les chances d’un Di Rupo 2.
Même si la “recette belge” a d’évidence plein de grumeaux.

Michel HENRION