Raser gratis ? Cette expression viendrait d'un barbier qui avait placé jadis une pancarte proclamant ladite formule…Mais notre artisan, tout aussi fûté que près de ses sous, l'y laissait tous les jours. Par conséquent, le naïf qui, le lendemain du jour où il avait vu la pancarte pub, venait se faire raser ou couper les cheveux et qui s'étonnait de devoir quand même payer, s'entendait répondre : "Oui, mais il y a écrit que c'est demain que c'est gratuit !". Aujourd’hui encore, notamment en politique, les promesses des personnalités en vue n'engagent que ceux qui les écoutent sans faire appel à leur libre-examen…Ce n’est pas le cas ici. Où on s'efforce plutôt de manier le mot à couper la langue de bois .

mardi 14 septembre 2010

Le fiasco médiatique de l’Eglise belge : où comment aggraver la crise en cumulant les gaffes de com’…


C’est un fiasco médiatique comme il en est peu.
Il aura suffi de trois images, de trois petits grains de sable pour que toute la si polie machinerie de communication de l’Eglise belge déraille. Et que tout soit définitivement pire.
L'abbé Rik Devillé, viré par des gros bras
Première image, qui a évidemment indigné tous ceux qui regardaient les Journaux télévisés : ces videurs épiscopaux qui  évacuent, style gros bras de dancing, les si gênants représentant(e)s des  victimes, dont l'abbé Rik Devillé.Une présence aussi calculée qu’inhabituelle: le videur n’est pour le moins pas l’habitude dans les conférences de presse.
Deuxième image: des visages, dans ladite conférence de presse, qui parlaient plus que des mots. C’était raide. Amidonné. Empathie laborieuse. Sans grande bonté ni réelle compassion.
« Ces récits et la souffrance qu’ils contiennent nous font frissonner » a lancé Mgr Léonard : nous, c’est son attitude trop onctueuse, niant tout dysfonctionnement, qui nous a fait frisonner.
Le rire noir de Lieve Halsberghe (RTBF)
Troisième image: le fou-rire triste, nerveux, si vrai et donc si implacable de Lieve Halsberghe, l’avocate des victimes, au révélateur débat de François De Brigode de lundi soir. Laquelle n’en pouvait d’entendre l’Evêque Guy Harpigny - physiquement, gestuellement en posture de refus- se cacher laborieusement derrière des mots-fumée. Refusant longtemps obstinément de se laisser arracher le petit mot “ pa...paa...paaa...pardon”, parce que celui-ci rime dangereusement avec pognon. Entendez que l’Eglise belge ne veut prendre le risque de payer, de dédommager  les abusés au nom d’une quelconque responsabilité.
" Les victimes ne demandent pas toujours, ho, une indemnisation et ceux qui la veulent...ben...ils doivent se tourner vers la Justice", a martelé Mgr Picsou, de plus en plus racrapoté dans le coin de sa banquette, à l'ombre d'un anachronique bouquet de fleurs...
Ce fut dit en télé, ce fut répété en radio, avec une même inconscience de l’indécence de cette communication d'avarice.
Avec ce spectacle surréaliste dudit Evêque -fusible évident de la stratégie foireuse de Mgr Leonard, qu’on disait pourtant bon communicateur- parlant “comme s’il ne s’agissait pas de lui” et finissant par lâcher, conscient de l’inconfort de la position intenable qu’on lui a fait adopter, une sorte de “ Ah, si on me laissait faire…”, copie conforme subliminale de l’exclamation du procureur Michel Bourlet.
La comparaison avec l’affaire Dutroux – curieusement lancée par l’Eglise elle-même- a été en tout cas vite adoptée pour ce qui est de l’opinion publique. En quelques heures, le plan de Mgr Leonard (dissoudre la crise dans la communication au lieu de la gérer  clairement et fermement pour la résoudre) a volé en éclats.
Les politiques, jusqu’ici peu enthousiastes à se saisir de ce dossier trop délicat, ont humé l’indignation grondante de l’électeur: et les deux partis chrétiens (CD&V) ou des religions (CDH) ne sont pas les moins remontés.
Mgr Harpigny (RTBF):pardon et pognon
L’opinion, qui affectionne les témoins X, les réseaux pervers de personnalités de “ la Haute”, bref qui phantasme souvent grave,
subodore cette fois assez justement qu’on vend du foin aux veaux. Que c’est tout un lobby catholique pris d’effroi qui a réussi à faire annuler les perquisitions et réduire à quasi néant l’enquête d’un juge d’instruction par trop dérangeant, sorte de nouveau juge Connerotte en moins mediatique… N’a-t-on pas vu, lundi soir, l’ex-viré -réhabilité magistrat PSC  Marc de la Brassinne (qui n’est pas  un oiseau pour le chat) détailler explicitement les graves pressions exercées jadis sur lui, dans une autre affaire de pédophilie ecclésiastique. Il y eut aussi, jadis, cette très étrange affaire, traitée discrètement en Justice, de l'anneau épiscopal  retrouvé étrangement entre les mains d'un jeune allochtone.
Bref, qu’est-ce que ce bigntz, se dit l’homme de la rue, qui verrait l’Eglise inaugurer un partenariat avec la Justice, se réservant ainsi le droit d’être juge et partie ? *
En communication de crise: il n’est qu’une règle: jouer la carte de la transparence pour retrouver la crédibilité du public. Ben oui, tout simple.
Ici, on a l’impression du secret grinçant (tant que ce n’est pas pas dans les medias, tant que cela reste en interne, ce n’est pas une crise) et d’une communication toujours latérale, bottant régulièrement en touche, comme si la faute des uns (dans la société civile) excusait les fautes des autres (dans l’Eglise).
L’Eglise belge est en train de générer sa propre crise, surtout à force de solutions dilatoires. (irait-on demander aux grands fraudeurs de se dénoncer eux-mêmes à l’inspection des impôts ?)
Mgr Leonard, citoyen on ne peut plus ordinaire dans ce dossier -ci, a certes de nobles formules (“Le berger de l'Evangile va à la recherche de la vie blessée et la prend sur ses propres épaules ... ») mais la place des criminels pédophiles, dans la séparation Etat-Eglise, c’est devant un juge. Point.
Au dela des opinions philosophiques de chacun, l'analyse médiatique commande de relever un fiasco médiatique rare. Mais une explication est que, contrairement à Perrier, Toyota ou Apple, le Pape n’a pas à protéger son capital, ne vit guère dans l’urgence.
Ce scandale de la pédophilie, dans le fond, ce n’est rien pour l’éternité du Vatican…

Nota bene :

* Un internaute juriste et farceur mais amateur de didactisme par l'absurde a repris le communiqué de Mgr Leonard en remplaçant le mot ”Eglise” par le terme “Charleroi”. Cela donne quelque chose d’assez grinçant mais révélateur: « Suite à l’intervention inattendue d'un juge d'instruction, nous déplorons toujours cette intervention et ses conséquences pour la ville de Charleroi. Tous les carolorégiens en ont subi les dommages. Un temps précieux a été perdu pour les Carolos. La saisie fait donc clairement apparaître la nécessité d’une concertation encore plus approfondie des échevins de Charleroi avec le Ministère de la Justice et le Ministère Public pour la poursuite du travail dans un cadre légal mieux garanti. Nous envisageons la création d’un ‘Centre des affaires carolos’ pour la reconnaissance, la guérison et la réconciliation. »